Bio/conventionnel: l’étrange match nul de Villeneuve-de-Blaye

Le 11 mars 2016 par Romain Loury
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Une école dans les vignes
Une école dans les vignes
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Début mai 2014, des élèves de Villeneuve-de-Blaye (Gironde) ont été intoxiqués, alors que des épandages étaient en cours dans des vignes bordant leur école. Alors que l’hypothèse la plus courante est celle de fongicides chimiques, la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de Gironde a jeté un pavé dans la mare, affirmant que des produits bio étaient en cause. Ce qui a mis les associations hors d’elles.

Le 5 mai 2014, 23 élèves d’une école primaire de Villeneuve-de-Blaye (environ 400 habitants) avaient été victimes d'irritations oculaires, de maux de gorge et de maux de tête, alors que leur institutrice avait dû être hospitalisée. En cause: un épandage de fongicides sur une vigne voisine, dont une enquête administrative avait estimé qu’elle s’était effectuée dans des «conditions inappropriées et sans qu'aient été prises toutes les précautions pour le voisinage».

Après un classement sans suite, le tribunal de grande instance (TGI) de Libourne s’est décidé, fin décembre 2015, à ouvrir une information judiciaire contre X pour «utilisation inappropriée de produits phytopharmaceutiques», suite à une plainte de la Fédération des sociétés pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (Sepanso).

Trois fongicides conventionnels

Ces produits ont été épandus alors que le vent était d’environ 30 km/h, soit au-dessus du seuil réglementaire admis pour les épandages (force 3 sur l’échelle de Beaufort, soit 19 km/h). D’emblée, il est paru évident que des fongicides conventionnels étaient en cause, aussi bien pour les associations que pour les pouvoirs publics.

Dans une note d’analyse dévoilée mercredi 9 mars par plusieurs associations[i], l’ARS indique que «l’école est entourée de vignes et des tracteurs ont répandu le jour même des produits fongicides secondairement identifiés contenant les substances actives suivantes: le mancozèbe, le mefenoxam, la spiroxamine».

De plus, «les effets aigus connus des fongicides identifiés sont concordants avec les symptômes décrits par les enfants et personnels de cette école», ajoute l’agence. Il s’agissait donc, sans conteste, d’une intoxication liée à des fongicides utilisés en agriculture conventionnelle. Ce qui, une fois de plus, soulève le débat des risques, aigus mais aussi chroniques, encourus par les riverains d’exploitations agricoles.

Que du bio, selon la FDSEA

Or dans un communiqué publié le 1er mars, la FDSEA de Gironde a au contraire affirmé que «le point de départ de la polémique, en 2014, concernait un épandage de soufre à proximité d'une école de Villeneuve de Blaye, sur une exploitation conduite en agriculture biologique».

Reprise par les médias, l’affirmation a fait bondir les associations, qui dans un communiqué commun la qualifient de «rumeur insidieuse», «soigneusement entretenue par la FNSEA afin d’essayer de disculper les pesticides de synthèse, en cause dans cette affaire».

Au-delà de la polémique, qu’en est-il exactement: est-ce une intoxication bio ou conventionnelle? La réalité est en fait plus complexe: ce n’est pas un seul exploitant, mais deux, qui ont épandu des fongicides aux abords de l’école le 5 mai. Si l’un est bien conventionnel, et a utilisé les produits évoqués par l’ARS, l’autre est bio, et a utilisé ce jour-là du soufre, du cuivre et de la bouillie bordelaise.

Or tous ces produits, qu’ils soient bio ou conventionnels, pourraient expliquer les symptômes survenus dans l’école, tous étant irritants pour la peau et les yeux. Et les conditions météorologiques du jour, ainsi que les horaires de traitement des différentes parcelles, ne permettent pas de déterminer avec certitude quel produit et quel exploitant (un seul ou les deux?) sont en cause.

Une infraction, en bio comme en conventionnel

Au-delà des effets sanitaires avérés, aigus et chroniques, des pesticides chimiques, la question, dans le cas précis de Villeneuve-de-Blaye, n’est peut-être plus de savoir si les écoliers ont respiré plus de soufre ou de mancozèbe. L’enquête de la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf)[ii] montre que les deux exploitants ont épandu des produits sans précaution pour le voisinage et alors que le vent soufflait trop fort, en infraction avec la loi.

Que l’on soit un agriculteur conventionnel ou bio, «cela ne dispense pas de protéger les élèves», juge le président de la Sepanso, Daniel Delestre, contacté par le JDLE. A ce jour, il est impossible de dire «lequel des deux types de produits a le plus irrité», ajoute-t-il.

Quant à l’affirmation de la FDSEA selon laquelle seul l’épandage de soufre serait responsable, c’est «une semi-vérité ou un semi-mensonge», commente Daniel Delestre. Ce qui, par symétrie, pourrait s’appliquer aux associations, qui ont pour excuse de s’appuyer sur une note (incomplète) de l’ARS.

Contacté par le JDLE, le président de la FDSEA, Jean-Louis Dubourg, se montre bien plus tempéré que son communiqué, qui n’admettait que l’implication du soufre bio. Il admet que deux viticulteurs ont traité ce jour-là, et que, selon des éléments obtenus «en off», que confirment la Sepanso et l’enquête de la Draaf, «on ne sait pas quel produit peut être incriminé». Dans les deux cas, «les conditions n’étaient pas idéales» pour traiter.



[i] Générations Futures, Confédération paysanne 33, Collectif info Médoc pesticides, Collectif alerte pesticides Léognan, les Amis de la Terre Gironde, Vigilance OGM33

[ii] Comme l’ARS, la Draaf n’a pas souhaité commenter l’affaire, au motif qu’«une enquête judiciaire est en cours».

 



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