Bilharziose: le mystère corse

Le 01 juin 2015 par Romain Loury
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Le Cavu, en Corse-du-Sud
Le Cavu, en Corse-du-Sud
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Au cours de l’été 2014, la préfecture de Corse-du-Sud interdisait la baignade dans certains sites de la rivière Cavu, suite à la survenue de plusieurs cas de bilharziose. Si la menace semble s’être un peu éloignée, les experts évaluent la possibilité d’un retour de la maladie en Corse, voire en métropole.

Deuxième maladie parasitaire au monde après le paludisme, la bilharziose, qui se contracte par contact avec de l’eau infestée par des parasites du genre Schistosoma, avait fait ses derniers cas autochtones européens dans les années 1920, au Portugal. Or une douzaine de cas sont apparus en 2014 chez des personnes ayant séjourné entre 2011 et 2013 près de la rivière Cavu, en Corse-du-sud.

En juin 2014, la préfecture décidait d’interdire la baignade pour cet été sur les communes de Zonza et Conca, tandis que le ministère de la santé appelait toutes les personnes s’étant baignées dans la rivière à se faire dépister. Selon les derniers chiffres disponibles, ceux de mars dernier, 110 cas ont été recensés sur les 37.000 tests effectués, tous infectés entre 2011 et 2013.

Pas d’infection en 2014?

Dans son dernier avis publié à ce sujet, en avril, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) indiquait qu’il n’y avait «pas d’éléments épidémiologiques indiquant une reprise de la contamination en 2014». Pourtant, l’origine de cette réémergence demeure toujours aussi mystérieuse.

Parmi les éléments obscurs, la nature de la souche, hybride de Schistosoma haematobium et de Schistosoma bovis. Cette dernière avait été décrite en Corse, la dernière fois dans les années 1960. Depuis, nul ne sait si S. bovis, qui ne s’attaque qu’aux ruminants, en avait disparu ou avait continué à circuler à bas bruit. L’hypothèse la plus probable demeure celle de l’introduction d’une souche d’Afrique de l’ouest, où les hybrides tendent à remplacer les souches pures.

Autre inconnue: Schistosoma s’est-il ancré en Corse, ou y a-t-il été réintroduit chaque année par des personnes touchées? Le fait qu’aucune contamination n’ait, à ce jour, été observée en 2014, année de restriction des baignades, ferait pencher pour la seconde hypothèse. D’autant que les températures hivernales ne sont pas propices au maintien du parasite année sur année, les bulins infectés étant plus fragiles que ceux qui ne le sont pas.

Pas de réservoir animal pour l’instant

Autant de sujets en cours d’études à l’Anses, dont la directrice de l’unité d’évaluation des risques liés à l’eau, Pascale Panetier, a détaillé au JDLE plusieurs résultats préliminaires. Tout d’abord, nulle trace pour l’instant d’un réservoir animal, d’après des résultats chez des chèvres et des vaches paissant à proximité du Cavu. D’autres analyses sont prévues chez les ruminants de Corse du sud, ainsi que chez des rats.

Pour l’instant, les résultats se sont également avérés négatifs chez le bulin (Bulinus truncatus), escargot d’eau douce qui constitue l’hôte intermédiaire du parasite: parmi les 3.534 individus récoltés dans la rivière Cavu, aucun n’était positif.

«La prévalence de l’infestation des bulins par des schistosomes étant généralement très faible (autour de 1% ou moins), l’absence de bulin infesté ne signifie pas que le cycle n’est pas présent. Les bulins collectés ne représentent qu’un faible échantillon de la population présente dans la rivière», tempère l’agence.

De plus, le bulin ne réside pas que dans la rivière Cavu. Les chercheurs en ont retrouvé dans 3 autres sites de baignade, dont 2 dans la Solenzara et dans l’Osu. Rien n’exclut que ces lieux puissent à leur tour donner lieu à de nouvelles séries de cas, si le parasite y survenait.

La Corse, un territoire propice

Pour l’Anses, «la Corse, et en particulier le Cavu, réunissent les conditions pour initier de nouveau le cycle de la bilharziose (…): présence de Bulinus truncatus et réceptivité, conditions climatiques et présence de nutriments favorables au développement des bulins, population humaine exposée très nombreuse, contamination possible de la rivière par des personnes ayant séjourné en zone d’endémie».

Contactée lundi 1er juin par le JDLE, la préfecture de Corse du sud n’a pas encore pris de décision quant à la réouverture de la baignade à Zonza et Conca. Deux conditions cruciales semblent désormais remplies, parmi celles prônées par l’Anses pour une réouverture de la baignade: absence de cas humain en 2014, pas de réservoir animal identifié.

En cas de levée de l’interdiction, l’agence demande aux autorités d’informer la population par voie d’affichage, d’installer des toilettes aux abords de la rivière (afin que les baigneurs ne la contaminent avec leur urine, porteuse des parasites), de sensibiliser les professionnels recourant à des travailleurs saisonniers de zones endémiques, et de continuer à chercher la présence du parasite chez les bulins.

Quid des autres régions?

Outre la Corse, rien n’exclut que la métropole puisse elle-même être atteinte. Raison pour laquelle des études sont en cours afin de savoir si le bulin est également présent dans les rivières de 5 départements méditerranéens, en l’occurrence le Gard, l’Hérault, l’Aude, les Bouches-du-Rhône et le Var.

Face à un possible retour de la bilharziose, Pascale Panetier prône un «système de surveillance pérenne» de la maladie. Parmi les mesures à mettre en œuvre, en faire une maladie à déclaration obligatoire (MDO), et lui consacrer un centre national de référence (CNR) -selon le même modèle que ceux existant pour la grippe, les salmonelloses ou le paludisme. Pour l’Anses, il s’agit aussi de mieux informer les voyageurs partant dans les pays où la maladie sévit, afin qu’ils n’en ramènent pas le parasite à leur insu.



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