Bilan mitigé pour les OGM américains

Le 14 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour la première fois, des scientifiques dressent le bilan environnemental, économique et social de l’utilisation de céréales et légumineuses génétiquement modifiées.

De nombreux bilans sectoriels de l’utilisation des cultures d’OGM ont déjà été faits. Mais jusqu’à présent, aucun chercheur ne s’est glissé dans la peau du cultivateur. C’est désormais chose faite. Ou presque. Mardi 13 avril, le National Research Council (NRC) américain a publié un rapport sur les impacts environnementaux, économiques et sociaux de l’utilisation de semences génétiquement modifiées. En clair, quels sont, pour les cultivateurs d’outre-Atlantique, les avantages et les inconvénients de ce mode de culture?

Cette synthèse de la littérature scientifique (les chercheurs du NRC n’ont pris en compte que des articles parus dans les revues spécialisées à comité de lecture) est intéressante à plus d’un titre. Notamment, parce que les agriculteurs américains ont le plus grand retour d’expérience des semences «Roundup ready». Les premiers semis d’OGM ont été réalisés en 1996 aux Etats-Unis. Et 14 ans après, 80% des surfaces US de soja, de maïs et de coton sont plantées d’OGM.


Sur le plan environnemental, le bilan est, à première vue, positif. A mesure que s’accroissent les surfaces plantées de céréales GM, l’usage de pesticides persistants diminue. Pour le soja, par exemple, l’utilisation des herbicides a diminué de 80% en 14 ans. Pour le coton, la baisse est moins importante, mais atteint tout de même 50% sur la même période. Une performance comparable à celle des cultures de maïs.


A priori, c’est donc tout bénéfice pour l’environnement et pour les agriculteurs. Pas si sûr. Car l’utilisation systématique du Roundup (un herbicide systémique créé par Monsanto, en complément de nombreuses semences GM résistantes à ce pesticide) sur les cultures d’OGM a quelques inconvénients. Pas moins de 9 espèces de «mauvaises herbes» ont déjà développé des résistances à l’herbicide vedette de l’agro-industriel de Saint Louis. Dans le reste du monde, 7 espèces végétales se sont ainsi blindées.


Cet effet pervers réduit les rendements: les récoltes sont moins abondantes que prévu et les cultivateurs doivent utiliser d’autres herbicides, souvent très toxiques, en complément du Roundup. Ce qui n’était pas non plus dans leur business model initial. Autre inconvénient: l’emploi de multiples pesticides accroît la destruction d’insectes utiles, comme les abeilles ou les coccinelles.


Sur le plan génétique, l’étude du NRC insiste sur le fait que peu de croisements entre cultures OGM et espèces sauvages ont été observés. Deux raisons à cela: il y a peu de cousines endémiques des variétés de céréales GM; de plus, les espaces sont vastes aux Etats-Unis, réduisant du même coup les possibilités de pollinisation accidentelle.


Socialement, le bilan est difficile à faire, tant est faible le nombre d’études sur la question. Toutefois , le NRC estime que les OGM ont pu contribuer à la création d’une fracture sociale entre les agriculteurs ayant la capacité financière d’acquérir des semences OGM, plus chères que les semences classiques, et les paysans plus modestes pour lesquels les graines de Monsanto restent hors de portée.


Dans un communiqué, Monsanto indique avoir mis en place un programme d’aide aux cultivateurs, notamment pour leur permettre d’optimiser l’utilisation de pesticides complémentaires. Le géant de la biotech annonce aussi que les OGM de seconde génération seront financièrement plus accessibles que ceux actuellement sur le marché. Une annonce qui, peut-être, n’est pas sans relation avec l’ouverture récente d’une enquête par le ministère fédéral de la justice concernant un possible abus de position dominante. Mais ça, c’est une autre histoire.



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