Bienvenue en anthropocène

Le 16 janvier 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La dégradation de l'environnement global s'accélère.
La dégradation de l'environnement global s'accélère.
Science

Les activités humaines modifient les composants vitaux du «système Terre». Des perturbations qui s’accélèrent et dont les effets s’amplifient.

Scientifiques et écologistes ont le même problème: comment faire comprendre à leurs parties prenantes (citoyens, entrepreneurs) que si rien ne change, le monde tel que nous le connaissons changera profondément? Le WWF a proposé son concept d’empreinte écologique qui évalue, tous les deux ans, le volume de ressources renouvelables consommé par l’humanité. Dans sa dernière mouture, l’organisation au panda a ainsi calculé que nous avions besoin d’une planète et demi pour satisfaire nos besoins.

Il y a une quinzaine d’années, Paul Crutzen (le chimiste qui a «découvert» le mitage de la couche d’ozone stratosphérique par les CFC) popularise l’anthropocène. Débutant en 1945, cette ère géologique serait caractérisée par l'influence de l'humanité sur l'écosphère. Malgré plusieurs tentatives, cette ère n’est pas encore reconnue par l’Union internationale des sciences géologiques.
Cela ne sera peut-être plus nécessaire pour que l’urgence de la situation écologique soit enfin reconnue.

Les «frontières de la planète»

En 2009, Will Steffen (université de Stockholm et université nationale d’Australie) a imaginé un autre concept: les «frontières de la planète». Le climatologue australien estime que pour survivre et se développer nos civilisations s’appuient sur les apports de 9 composants vitaux plus ou moins interdépendants: le climat, la couche d’ozone dans la stratosphère, le pH des océans, les sols, la biodiversité, l’eau douce, les cycles de l’azote et du phosphore, la qualité de l’air et celle de l’eau. Sous-entendu: la dégradation de l’un influe sur d’autres et donc sur les capacités de survie de nos sociétés.

Pour évaluer leur état zéro, une équipe internationale a établi des seuils (les fameuses frontières) au-delà desquels le bon fonctionnement de ces composants et cycles est réputé menacé. Un premier audit de la planète avait déjà été réalisé en 2009. Dans un article publié jeudi 16 janvier par Science, l’équipe de Will Steffens assure la mise à jour du bilan initial.

Haut de la fourchette climatique

Sans surprise, l’évolution n’est pas des plus favorables. Il y a 5 ans, les scientifiques estimaient que l’Humanité avait trop tiré sur le cycle de l’azote -en consommant trop d’engrais- et porté des coups trop durs à la biodiversité. Il faut désormais y ajouter le cycle du phosphore (l’agriculture productiviste, toujours, et les lessives). La biodiversité ne vaut guère mieux: nous contribuons à l’extinction de 10 à 100 fois plus d’espèces animales et végétales que les cycles naturels, rappellent les auteurs.

Les lecteurs du JDLE le savent, nous ne sommes plus dans les clous d’un changement climatique maitrisé. Pour avoir de bonnes chances de limiter le réchauffement à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, la concentration de CO2 devrait osciller entre 350 et 450 parties pour million (ppm). Or nous avons débuté l’année avec 399 ppm de gaz carbonique dans l’hémisphère Nord, selon les estimations de la Nasa. Et avec un taux de croissance proche de 1%/an, le haut de la fourchette sera dépassé dans quelques années. De plus, l’usage de quantités toujours croissantes de fertilisants azotés augmente les émissions de protoxyde d’azote, un très puissant gaz à effet de serre d’origine agricole. Dans leur papier, les 18 chercheurs rappellent aussi que le changement climatique et la perte de biodiversité ont des implications multiples. Leur dégradation aura des impacts nombreux sur les autres frontières de la planète. «L’altération de ces composants vitaux va entraîner le système terre dans un nouvel état», écrivent les auteurs.

La faute aux pays riches

Si dramatique soit-il, ce constat n’est malheureusement pas une découverte. C’est son accélération qui inquiète le plus les scientifiques: «En un peu plus de deux générations, l'humanité est devenue une force géologique à l'échelle de la planète». Dit autrement, la planète n’a jamais autant souffert depuis la fin de la dernière glaciation, il y a 10.000 ans environ.

Et c’est en grande partie le prix à payer pour le développement des pays les plus industrialisés. Dans un autre article, publié cette fois par The Anthropocene Review, Will Steffen et 4 collègues soulignent qu’en 2010, les 34 pays de l’OCDE généraient 74% de la richesse mondiale, pour seulement 18% de la population.

Ces alarmes atteindront-elles les décideurs? Pas impossible. Les résultats des travaux de l’équipe de Will Steffen seront présentés la semaine prochaine, lors du forum économique mondial de Davos. Seront-ils compris?

 



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