Bientôt un nouvel éco-organisme pour les déchets de textile
Le 01 juillet 2008 par Claire AvignonLes «textiles d'habillement, de chaussures ou de linge de maison destinés aux ménages» vont bientôt être taxés afin de financer leur fin de vie. Un moyen de sauver Emmaüs, trois ans après l’appel au secours adressé par Martin Hirsch aux pouvoirs publics. Certains représentants de collectivités ne sont pas satisfaits du dispositif.
Eco-TLC, c'est le nom provisoire de l'éco-organisme qui devrait être agréé dans les prochains mois et soutenir financièrement les entreprises qui valorisent (réutilisation et recyclage) le textile, le linge et les chaussures (TLC).
En effet, un décret (1) publié dans le Journal officiel du 27 juin donne enfin les règles de fonctionnement de cette filière, trois ans après les premiers débats au Parlement portés par Yves Jégo(2), et deux ans après l'adoption d'un article dans la loi de finances pour 2007 (3). «Nous sommes ravis. Pour nous, ce décret était une question de survie», indique Valérie Fayard, d'Emmaüs.
Mais avant la naissance effective d'Eco-TLC, de nombreuses étapes doivent encore être franchies. Il faudra notamment recevoir l'agrément du ministère chargé de l'environnement, débloquer le capital, et trouver les associés: «Même si la loi rend obligatoires les contributions, la première année sera difficile du fait d'un marché éclaté, avec une dizaine de milliers de commerçants indépendants. Nous devrons nous autocontrôler», indique Bertrand Paillat, délégué général du Conseil des commerces de France, et principal négociateur représentant les metteurs sur le marché. Malgré tout, Valérie Fayard reste optimiste et espère recevoir les premières aides financières d'ici la fin de l'année.
Contrairement à la plupart des autres filières, comme celles des emballages ménagers ou des déchets électroniques (dits DEEE), les collectivités ne seront pas au centre du dispositif, mais les prestataires, -en grande partie des entreprises d'économie solidaire comme le Relais, membre d'Emmaüs. L'éco-organisme recevra des contributions des metteurs sur le marché, environ 10 millions d'euros annuels, et les reversera à toutes les entreprises qui s'engagent à réemployer ou recycler au moins 70% du tonnage collecté, et à embaucher au moins 15% de salariés dans le cadre d'un contrat d'insertion.
Une partie du budget sera également consacrée à la recherche et développement et aux activités de communication des collectivités locales. «Dans le cas des déchets de textile, les collectivités ne s'occupent pas de la collecte. Elles ne font que donner l'autorisation d'utiliser le domaine public pour les conteneurs de collecte», analyse Bertrand Paillat.
Pourtant, elles devraient continuer à récupérer une bonne partie du tonnage dans les prochaines années: 100.000 tonnes sont actuellement collectées sélectivement, sur un gisement de 500.000 tonnes. Et l'objectif de la filière est d'atteindre 200.000 tonnes en 6 ans, soit la durée d'agrément du futur éco-organisme. «Les entreprises d'économie solidaire, comme celles du Relais, vont se diriger vers les grosses agglomérations où la consommation de vêtements est importante, et négliger les petites collectivités. Ce n'est pas une véritable responsabilité élargie du producteur (REP)», analyse Loïc Lejay, responsable du pôle des déchets d'Amorce. Avec le Cercle national du recyclage, l'association d'élus locaux avait quitté la table des négociations en novembre dernier (4).
La REP s'appuie sur le principe pollueur-payeur et vise à réduire la pollution liée à une filière de déchets en rendant les metteurs sur le marché responsables de leur fin de vie et en les incitant à éco-concevoir leurs produits. Dans le cas du textile, l'objectif n'est pas tant environnemental qu'économique et social. «L'enjeu pour nous est de pérenniser la filière, de créer de nouveaux emplois», insiste Valérie Fayard. De son côté, Bertrand Paillat semble sur la même longueur d'onde: «Nous serons vigilants pour ne pas dérégler les situations des uns et des autres, car des effets pervers peuvent découler du dispositif».
Petite avancée environnementale à noter: les producteurs et importateurs pourront voir minorer leur contribution pour les vêtements, linges et chaussures qui respecteront les critères du label écologique.
(1) Décret n° 2008-602 du 25 juin 2008 relatif au recyclage et au traitement des déchets issus des produits textiles d'habillement, des chaussures ou du linge de maison neufs destinés aux ménages
(2) Voir l'article du JDLE «Recyclage du textile: les députés favorables à une taxe»
(3) Voir l'article du JDLE «La filière textile verrait le jour dès le 1er janvier 2007»
(4) Voir l'article du JDLE «Textile: des élus quittent la table des négociations»
2 réactions
fabrice le marchand | 02/07/2008 - 17H09
le point de vue environnemental Ces déchets textiles par leur réemploi contribuent à la préservation des ressources: une partie de ces textiles retrouve une seconde vie et remplace un achat neuf. Chaque maillon du réemploi et chaque matière concernée par ce réemploi contribue à la préservation de notre evironnement.Sans compter qu' acheter d'occasion amène une reflexion sur notre mode de consommation.
Réagir | Signaler un abus | CITER
Jonathan Decottignies | 01/07/2008 - 15H58
Qu'est ce que la REP sur les déchets textiles ? Une véritable REP sur les Déchets textiles est la prise en charge de l'intégralité des couts engendrés par le produit qui devient déchet. Cette filière ne prendra en charge qu'une partie minime des couts . La majorité du gisement de déchets textiles restera à la charge des collectivités car se sont bien elles qui élimineront par incinéraion ou enfouissement plus de 9 kg/an/hab sur un gisement de 11 kg. De plus, les entreprises de l'économie sociale et soidaire vont se diriger vers les grosses agglomération car aller chercher quelques tonnes de vêtement dans les campagnes, cela ne sera pas rentable. Cependant, nous pouvons espérer, sur le principe de l'équité des territoires, que la totalité des collectivités françaises se feront collecter sélectivementles les "déchets textiles" sans que leur typologie soit un frein. Enfin, cette filière n'a pas grand chose d'environnemental, elle servira surtout à soutenir etsauver l'emploi et l'insertion de l'économie sociale
Réagir | Signaler un abus | CITER
POUR ALLER PLUS LOIN
Dans la même rubrique
Déchets d’emballage : le ton monte entre collectivités et éco-organismes
01/09/2010
Papier : les entreprises peuvent mieux faire
31/08/2010
Dengue: 200.000 € pour éliminer les véhicules hors d’usage
30/08/2010




















Voir tous nos évenements