Bientôt un Giec de la pollution chimique?

Le 22 mars 2019 par Stéphanie Senet
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Le professeur Yves Lévi se mobilise pour un Giec de la pollution chimique
Le professeur Yves Lévi se mobilise pour un Giec de la pollution chimique

 

Une quarantaine de chercheurs internationaux se mobilisent pour créer un Groupe international d’étude de la pollution chimique de l’environnement (GPCPE) sur le modèle du Giec.

A chaque combat son acronyme. Après le Giec[1] pour le climat et l’IPBES[2] pour la biodiversité, le GPCPE pourrait être la future autorité sur l’état de la pollution chimique dans le monde. C’est en tout cas ce que visent une quarantaine de chercheurs internationaux, qui ont présenté leur projet ce 22 mars à Paris. «Comme le changement climatique, la pollution chimique ne connaît pas de frontières et multiplie les dommages sur l’environnement, l’air, l’eau, les sols et le vivant. Pourtant elle n’entre pas dans les radars politiques internationaux», résume Yves Lévi, professeur en santé publique et environnementale à la faculté de pharmacie de l’Université Paris Sud et spécialiste des perturbateurs endocriniens.

 

Stratégie fantôme

«La seule initiative qui existe à ce jour est la SAICM[3], née au sommet de la Terre de Johannesburg en 2002», rappelle Brice Lalonde, président de l’Académie de l’eau, l’un des soutiens de ce projet scientifique. Alors que l’objectif était de réduire au maximum les effets graves des produits chimiques sur la santé humaine et l’environnement en 2020, cet organisme sous tutelle de l’ONU-Environnement a reconnu lui-même son échec.

 

Elémentaire mon cher Watson

Dans notre société «chimico-intensive», où sont commercialisés 140.000 produits chimiques à travers le monde, le projet est de sensibiliser décideurs et grand public sur l’état de la pollution issue des pesticides, médicaments, et autres plastifiants. Une pollution aux effets multiples et complexes, qu’il est difficile d’évaluer. «15.000 molécules sont découvertes chaque jour selon le recensement de la société américaine de chimie. C’est au-delà de la capacité humaine de compréhension», relève Brice Lalonde.

 

Un support scientifique international

Ces chercheurs, principalement européens et américains, ont décidé de relever le défi sans attendre le feu vert d’une institution onusienne. Réunis pour la première fois à Paris en septembre 2018, ils se mobilisent pour créer un organisme international dédié à la pollution chimique sur le modèle du Giec. «Les décideurs ont besoin d’un support scientifique d’analyse des risques robuste et indépendant », explique Yves Levi.

 

Premier rapport d’ici 2022

 

L’objectif est de produire un rapport périodique dressant l’état de la pollution chimique mondiale de l’air, de l’eau, des sols et des organismes vivants à partir de la littérature scientifique existante. Une première version pourrait sortir d’ici 2022. «Nous nous concentrerons sur l’exposition de l’environnement et son évolution, pour déterminer les niveaux de contamination, leur diversité géographique, les zones prioritaires, les principales molécules chimiques et les compétences disponibles pour apporter des solutions», expliquent les chercheurs. Une nouvelle réunion se tient à Paris, le 25 mars, pour préciser le champ d’investigation de ce futur indicateur de référence dédié aux résidus de médicaments, pesticides, plastifiants, retardateurs de flammes, hydrocarbures, solvants industriels, et autres métaux lourds. Le premier pas vers un changement de régime?

 

 



[1] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

[2] IPBES: Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques

[3] SAICM: Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques



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