Bientôt efficace, le marché européen de l’électricité?

Le 28 janvier 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les énergies renouvelables non matures pourront seules être subventionnées.
Les énergies renouvelables non matures pourront seules être subventionnées.

Publié le 28 janvier, le dernier rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective préconise des remèdes de cheval pour sauver le marché européen de l’électricité et lui donner une once d’efficacité carbonique. Pas sûr que ces remèdes soient du goût du Bruxelles.

Résoudre la crise du secteur électrique européen. Beau sujet de réflexion sur lequel ont planché Marc Oliver Bettzüge, directeur général de l’Institut de l’économie de l’énergie à l’université de Cologne; Dieter Helm, professeur de politique énergétique à l’université d’Oxford; et Fabien Roques, professeur à l’université Paris-Dauphine, à la demande du Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP). Dans un rapport publié ce mardi 28 janvier, les trois économistes, secondés par les experts du CGSP, relèvent donc ce qui est pourri au royaume de l’électricité et proposent quelques médications.

Effets inverses

Revenant deux décennies en arrière, les auteurs rappellent que le marché européen du courant a été libéralisé pour que la concurrence entre les producteurs fasse baisser les prix pour les utilisateurs finaux. Classique. Dans les faits, soulignent-ils, la conjonction de la crise économique, de la chute des prix des quotas d’émission de GES, et du développement des énergies renouvelables, a abouti à l’effet rigoureusement inverse à celui recherché.

Décortiquant le mécanisme, l'organisme rattaché à Matignon rappelle que la crise économique a fait reculer la demande d’électrons. Parallèlement, les capacités de production éoliennes et photovoltaïques, bénéficiant de tarifs d’achat avantageux, se sont fortement développées, allant jusqu’à concurrencer les centrales thermiques à flammes. Cet afflux de capacité a entraîné une surproduction d’électricité, entraînant une chute des prix de gros. Quasiment au même moment, les exploitants des centrales à gaz ont vu débarquer en Europe d’importants volumes de charbon américain, à bas coût: l’un des effets inattendus du boom des gaz de schiste yankee.

Fermeture annoncée de capacités

Face à cette double concurrence, la rentabilité des centrales à gaz s’est effondrée, obligeant les énergéticiens à les fermer ou à les mettre sous cocon, en attendant des jours meilleurs. «Les 10 plus grandes compagnies d’électricité européennes ont annoncé l’arrêt de 38 gigawatts de capacité thermique d’ici 2015. A long terme, environ 40% de la capacité thermique actuelle risque d’être fermée pour des raisons économiques», rappelle l’étude.

Alors que la politique énergétique européenne devait faire baisser les prix, sécuriser l’approvisionnement et, par la suite, réduire les émissions carbonées, force est de constater qu’elle a échoué. «Des fermetures nombreuses [de centrales thermiques] pourraient menacer la sécurité d’approvisionnement.» En partie engendré par le soutien aux énergies renouvelables, la hausse du montant des factures «a entraîné une augmentation du nombre de personnes en situation de précarité énergétique en Europe». Enfin, «les faibles prix du carbone sont inquiétants puisqu’ils n’incitent pas à investir dans les technologies d’atténuation, que ce soit pour le passage du charbon au gaz, pour la mise en place de la capture et du stockage du carbone, ou pour le développement des énergies renouvelables».

Peu importe les moyens
Renverser la vapeur ne sera pas simple. Les rapporteurs suggèrent aux Etats membres de l’Union européenne de clarifier les objectifs du marché intégré de l’électricité et des différentes politiques Energie-Climat, dont les objectifs sont parfois contradictoires. Le paquet Energie-Climat 2030, selon eux, devra ne comporter qu’un seul objectif: abattre les émissions de CO2. Peu importera les moyens pour y parvenir. Pour fluidifier les échanges, les auteurs proposent aussi d’accroître les interconnexions électriques aux frontières. Sans forcément indiquer comment les gestionnaires de réseaux trouveront les 140 milliards d’euros nécessaires au financement des infrastructures transfrontalières. Pour améliorer la rentabilité des centrales électriques à gaz, les auteurs envisagent le développement de mécanismes de capacité, visant à rémunérer la disponibilité des centrales électriques, et non plus leur seule production.

Prix plancher, prix plafond

Réformer le système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (ETS), il faudra. Par exemple, en fixant des limites d’émission à l’horizon 2030 et en fixant des prix «plancher» et «plafond». Ces trois mesures permettront de booster le prix du quota européen aux alentours de 40, voire 50 €. Le financement du développement des énergies renouvelables devra être révisé. Aux coûteux tarifs d’achat (qui ont coûté 30 milliards aux consommateurs européens, en 2012), les auteurs préfèrent des primes qui complèteraient les prix de marché, pour les technologies matures, comme l’éolien terrestre. Les recherches portant sur les technologies innovantes, telles l’éolien marin, pourraient, en revanche, bénéficier d’un petit coup de pouce financier.

Les auteurs préconisent enfin de réaffirmer le rôle des Etats membres dans le choix de «la structure générale de leur approvisionnement énergétique». Une proposition qui ne semble pas tout à fait converger avec la vision bruxelloise du problème. Pas plus que la possibilité qui doit être laissée aux énergéticiens de signer des contrats de long terme «afin de favoriser les investissements dans une production à faibles émissions de carbone».



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