Biberons au BPA: le débat est relancé

Le 02 avril 2009 par Sabine Casalonga
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baby bottle
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Les propos de la ministre de la santé, mardi 31 mars, sur l'innocuité des biberons contenant du bisphénol A (BPA) ont ravivé le débat sur cette substance potentiellement toxique. Le Réseau environnement santé dénonce les avis des agences sanitaires. Quant aux chercheurs, bien que prudents, ils seraient favorables à l’application du principe de précaution.

«Il nous semble urgent d'appliquer le principe de précaution en interdisant la présence de BPA, notamment dans la fabrication des biberons», a lancé mardi 31 mars le député Jean-Christophe Lagarde (Nouveau centre, Seine-Saint-Denis) à la ministre chargée de la santé Roselyne Bachelot à l’Assemblée nationale. Le député a rappelé que le Canada vient d’interdire les biberons au BPA (1).

Le BPA présent dans de nombreux produits plastique (biberons, bouteilles, boîtes de conserve, canettes) classé sur la liste des CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques), est suspecté d’être un perturbateur endocrinien particulièrement préoccupant pour les nouveaux-nés et les femmes enceintes.

En réponse, Roselyne Bachelot a indiqué que l’application du principe de précaution ne se justifiait pas pour ces biberons, des études de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) ayant conclu à leur innocuité. «Les autorités canadiennes ont décidé l'interdiction du BPA sous la pression de l'opinion publique et sur la base d'aucune étude scientifique sérieuse. Le principe de précaution est un principe de raison, il n'est en aucun cas un principe d'émotion», a conclu la ministre.

Des propos dénoncés par le Réseau environnement santé (RES), groupe d’ONG, scientifiques et professionnels de santé militant pour l’interdiction du BPA dans les plastique alimentaires, dans un communiqué du mercredi 1er avril. «Il existe à ce jour 671 études (…) qui, dans leur grande majorité, concluent que le bisphénol A est impliqué dans des problèmes sanitaires majeurs tels que: cancer, atteinte de la reproduction, trouble du comportement, diabète et obésité.» Certaines de ces études montrent des effets chez l'animal à des doses inférieures à la dose journalière admissible (DJA) chez l’homme [50 microgrammes par kilo et par jour] recommandée par l'Afssa et l'Agence européenne de sécurité alimentaire (Aesa), d’ailleurs contestée par le RES.

Dans une lettre du 20 mars dernier André Cicolella, président du RES, a demandé à l’Afssa de reconsidérer sa position sur le BPA. En l’absence de réponse, le lanceur d’alerte a demandé à être reçu par la ministre pour lui demander de saisir l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) «sur le dysfonctionnement de l'Afssa, qui dans ce dossier ne remplit pas sa mission de protection de la santé de nos concitoyens». Selon l’Afssa, la DJA est suffisamment protectrice pour la population.

«Les effets du BPA ne sont visibles qu’à des doses élevées, confirme Patrick Balaguer, chargé de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de Montpellier. Nous sommes toutefois plutôt favorables à son interdiction dans les biberons en vertu du principe de précaution». Virginie Rouiller-Fabre, professeur à l’université Paris 7, est du même avis. «J’estime que s’il existe des produits de substitution au BPA pour les biberons, il serait dommage de s’en priver, une fois le maximum de preuves scientifiques fournies». Le doute des chercheurs s’explique par le manque de données et les limites des modèles actuels pour évaluer des effets d’une exposition à long terme à de faibles doses de polluants. «Les effets observés chez les rongeurs sont parfois difficiles à extrapoler à l’homme, d’où l’intérêt de développer des tests alternatifs même si chaque modèle possède ses propres limites», indique Virginie Rouiller-Fabre.

«L’appréciation du risque par rapport à la DJA n’est plus suffisante, reconnaît Jean-François Narbonne, professeur de toxicologie à l’université de Bordeaux et membre du groupe d’experts «contaminants chimiques» à l’Afssa. Des études de biosurveillance sont nécessaires afin d’évaluer les taux d’imprégnation réels chez l’homme». Le toxicologue regrette néanmoins que les associations s’en prennent à une agence sanitaire uniquement chargée de l’évaluation du risque et non de la gestion du risque, qui relève des politiques, en l’occurrence du ministère de la santé. Il souligne que la préoccupation majeure est celle de l’exposition simultanée à des centaines de différents polluants (effet cocktail). Un rapport de l’Afssa sur les perturbateurs endocriniens, devrait être rendu publique en juillet.

Le 3 mars dernier, le RES avait lancé une pétition pour l’interdiction du BPA dans les plastiques alimentaires en France et appelé les eurodéputés français à signer une déclaration visant à interdire le BPA dans les biberons dans l’UE (2). Celle-ci n’a toutefois été signée que par un nombre insuffisant de députés pour pouvoir être présentée à la Commission européenne. Aux Etats-Unis, au cours du mois de mars, les principaux fabricants ont renoncé à commercialiser des biberons contenant du BPA et une proposition de loi pour interdire les récipients alimentaires au BPA a été déposée par des parlementaires. «Il ne serait pas compréhensible que la France reste sur une position de statu quo», juge André Cicolella.

(1) Dans le JDLE «Le Canada interdit les biberons au BPA»
(2) Dans le JDLE «Bisphénol A: une pétition pour son interdiction»


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