Bhopal, la pire des catastrophes industrielles

Le 03 décembre 2009 par Geneviève de Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
bhopal
bhopal

En 1984, une cuve de l’usine chimique Union Carbide explose à Bhopal (Inde). La catastrophe provoque des milliers de morts et de blessés. 25 ans après, le site demeure pollué et les victimes n’ont été indemnisées que partiellement. Elles réclament toujours que justice soit rendue et que le pollueur paie.

Bhopal. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984 une cuve d’isocyanate de méthyl explose dans l’usine chimique d’Union Carbide. Les 40 tonnes de gaz qui s’en échappent vont empoisonner 8.000 personnes en quelques heures. La plupart des victimes vivaient dans les quartiers pauvres qui jouxtent l’usine. Au total, 15.000 personnes décèdent après avoir inhalé ce mélange très toxique. Outre les milliers de morts, la catastrophe entraîne chez 200.000 personnes de graves troubles respiratoires, ophtalmologiques, ou neurologiques. Une importante augmentation du nombre des cancers est observée dans les années qui suivent, ainsi qu’une augmentation de 300% du pourcentage d’enfants mort-nés.

Pourtant, rien ne prédisposait l’usine américaine ultra moderne à provoquer un tel désastre. A la fin des années 1970, l’Inde est en pleine révolution agricole et veut développer les cultures de céréales à haut rendement. Ces céréales particulièrement vulnérables aux ravages des pestes végétales doivent être traitées. Union Carbide, fabricant de pesticides, décide alors de produire son tout nouveau produit, le Sevin, directement en Inde où le marché est porteur. Mais pour cette production, il faut utiliser un produit instable, l’isocyanate de méthyl (MIC), qui doit être constamment maintenu à faible température. Une gageure dans un pays tel que l’Inde. Le Sevin ne remportant pas le succès commercial escompté, Union Carbide décide alors de réduire les budgets de son site de Bhopal. «Des coupes budgétaires qui seront à l’origine de nombreuses négligences sur le site et notamment au niveau de la sécurité», déclare Jacques Charbonnier auteur de ‘ Bhopal, la pire catastrophe industrielle de tous les temps’. Mauvaise manipulation, une cuve explose. L’alarme n’est donnée que bien longtemps après que le nuage ait atteint les «bastis», les quartiers pauvres.

Face aux nombreux blessés affluant dans les hôpitaux de la ville, le corps médical est totalement dépassé par la situation. Les traitements administrés font parfois plus de mal que de bien. Les médecins n’obtiennent même aucune réponse d’Union Carbide quant à la composition du gaz et au traitement adéquat pour traiter une exposition aiguë à l’isocyanate de méthyl. Encore actuellement la composition du fameux nuage demeure inconnue.

Aujourd’hui, rien n’a changé sur le site. Aucune dépollution n’a été entreprise. Greenpeace estime qu’«un des hangars renfermerait plus de 100 tonnes de produits chimiques, des sacs de pesticides éventrés». Dans les différents rapports de l’ONG, les résultats d’analyse indiquent clairement la présence de polluants à la fois organiques et inorganiques: des pesticides, des HAP (1) ainsi que des métaux lourds. Pire: depuis 25 ans, les riverains traversent le site, les enfants y jouent, les troupeaux paissent. Une partie de la contamination restée sur le site a été lessivée vers la nappe phréatique que les riverains continuent à pomper et à boire. L’ICJB (International Justice in Bhopal), qui rassemble différentes ONG locales, évalue à 25.000 le nombre de personnes affectées par la nappe contaminée.

En 1984, l’ex-patron d’Union Carbide Warren Anderson, arrêté, avait réussi à s’enfuir et à se réfugier aux Etats-Unis. En 1989, Union Carbide a été condamné par l’Etat indien à verser 470 millions de dollars d’indemnités aux victimes. Chaque blessé a reçu 27.000 roupies alors que 93.000 étaient versées aux familles pour chaque décès. «Des compensations qui restent bien inférieures aux dommages causés par la catastrophe» explique Rashida Bee, elle-même touchée par la pollution et lauréate du Goldman Environmental Prize en 2004 pour sa lutte pour la défense des victimes. En 1998, le terrain redevient propriété de l’Etat du Madhya Pradesh qui n’entreprend aucun travaux. En 2001, Union Carbide est rachetée par Dow Chemical qui se déclare «nullement responsable de la pollution».
Différentes actions légales sont alors entreprises auprès de la Haute Cour de justice de New York. Et l’Etat indien réclame une avance de 22 millions $ à Dow Chemical pour la dépollution du site. Mais certains estiment que les poursuites doivent être abandonnées pour que la firme américaine puisse continuer à investir dans le pays.

Les victimes attendent maintenant qu’une commission d’experts soit mise en place. Elles veulent être entendues, mais surtout exigent que les pollueurs paient pour la dépollution du site et pour la prise en charge médicale des «gas affected people». Le gouvernement indien ne semble pas, pour le moment, favorable à la mise en place d’une telle commission.

(1) Hydrocarbures aromatiques polycycliques


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus