Bettina Laville: «Le développement durable est bien vivant»

Le 13 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Malgré la crise, le développement durable est vivant
Malgré la crise, le développement durable est vivant

Avocate, fondatrice du Comité 21, conseillère du président Mitterrand et de deux Premiers ministres, Bettina Laville est l’une des consciences environnementales françaises. Rédactrice d’un rapport sur le développement durable à destination des décideurs, la présidente du Mouvement vraiment durable explique ses priorités.

Lors des derniers Ateliers de la terre, vous avez publié un rapport sur le développement durable à destination des décideurs. Quel intérêt?
A quelques mois du 20e anniversaire du sommet de Rio, il s’agit d’abord de rappeler que, malgré la crise financière, le développement durable est bien vivant. Ce dont on pourrait douter lorsque l’on écoute certains «experts». Il s’agit aussi d’aider les décideurs à se retrouver dans la diversité des problèmes qui se posent à notre espèce et à notre planète.
 
Mais ces problèmes sont connus depuis longtemps…
Oui et non. Si l’on jette un coup d’œil en arrière, on est frappé de constater que certains des problèmes qui sont, effectivement, connus depuis des décennies, n’étaient pas posés à l’époque comme ils le sont aujourd’hui. Prenons l’exemple du réchauffement. En 1992, à Rio, les scientifiques ont, bien sûr, lancé un avertissement à la communauté internationale, sans affirmer avec certitude l’origine anthropique du phénomène.
On peut aussi regarder l’état écologique de l’océan. C’est un sujet fondamental, mais dont on ne se préoccupe que depuis peu. Voyez aussi le sujet de l’urbanisation. En 1996, au moment où est organisée à Istanbul la grande conférence sur l’habitat, Habitat 2, peu nombreux étaient les pays à disposer d’une administration chargée d’organiser l’urbanisme. Aujourd’hui, les choses ont vraiment évolué.
 
C’est-à-dire?
D’abord, les politiques connaissent désormais les sujets et agissent. Avec une constance insuffisante certes, mais ils ont inscrit cette question sur l’agenda. Souvenez-vous de la présidentielle de 2007: grâce au Pacte écologique de Nicolas Hulot, ce fut la première campagne électorale à accorder une telle place à l’écologie.
Parce que le Giec[1] a affiné son discours, plus personne ou presque ne doute plus de l’origine anthropique du changement climatique, ni du fait qu’il soit beaucoup plus rapide qu’annoncé jusqu’à présent. Nos dirigeants ont bien compris que nous vivons dans un monde «fini» et que les ressources naturelles sont limitées.
 
Quel dommage qu’ils n’en tiennent pas toujours compte…
C’est là le nœud du problème. Comment concilier les obligations d’un monde qui va de plus en plus vite (y compris la dégradation de l’environnement), qui est obligé de suivre le cours des actions et les inflexions des marchés, tout en s’occupant du long terme? Comment trier le grain de l’ivraie, avec la masse d’informations que nous tous recevons chaque jour? Comment hiérarchiser les priorités alors qu’à l’apparition de chaque grand problème, on crée une Commission qui sombre aussitôt dans l’oubli? Par quel bout prendre le développement durable, ce concept holistique qui traite tout à la fois d’environnement, de social et d’économie?
 
Et la réponse est…
Multiple, vous l’imaginez bien. Mais, fondamentalement, je crois que pour la plupart des grands problèmes, nous avons des solutions. Si l’on prend l’exemple du réchauffement, nous disposons d’ores et déjà des moyens de produire de l’énergie proprement, des technologies sobres; nous connaissons des mécanismes de financement efficaces pour réduire les émissions et nous adapter aux conséquences des changements climatiques, etc.
Le véritable problème est autre, je crois. Lester Brown rappelait que lors du second conflit mondial, les Etats-Unis avaient su transformer, en un an, leur économie en une industrie de guerre. Ne peut-on transformer l’économie mondiale en une économie «verte», en une économie de paix?
 
Le peut-on?
Sur le papier, on le peut assurément. Il suffit, encore une fois, de regarder notre histoire récente. Dans les faits, c’est beaucoup plus compliqué. Bon nombre des représentants de nos élites, notamment économiques, fonctionnent toujours avec un logiciel qui ne prend pas en compte la finitude de notre terre ni la crise écologique. Je l’ai bien vu lorsque j’ai participé à la commission du Grand emprunt: certains étaient convaincus, comme les deux présidents, d’autres pensaient comme il y a 30 ans. D’autre part, je crois que nous devons instaurer de nouvelles régulations de notre système économique, tant au niveau régional que national. Il faut enfin intégrer au calcul économique les externalités environnementales. Et réaliser tout cela durant l’une des pires crises économiques que nous ayions jamais connue.
 
Quels sont les grands sujets qui doivent progresser au niveau international?
La protection des sols, sans aucun doute. Les sols sont les grands oubliés de ce temps. Or, sans eux, pas d’agriculture durable, pas d’eau potable, pas de biodiversité.
 


[1] Giec : Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat


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