Bertrand Piccard: la protection de l’environnement doit être créatrice de richesses et d’emplois

Le 12 décembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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"Nos projets doivent être rentables pour le climat et la société."
"Nos projets doivent être rentables pour le climat et la société."
Solar Impulse

A force de reculs, de compromis et de récriminations, une COP est souvent perçue comme un océan de morosité. Agitateur de la grisaille, Bertrand Piccard poursuit le travail entrepris sitôt bouclé son tour du monde en avion solaire. L’objectif de sa fondation Solar Impulse : sélectionner les 1.000 solutions d’atténuation les plus rentables. Le travail est loin d’être achevé.

 

Un an après Katowice, quel est l’état d’avancement de vos travaux?

Les 400 experts de la fondation ont labellisé 318 projets et technologies, dans des domaines aussi divers que la lutte contre la pollution par les plastiques, la dépollution de l’eau, l’efficacité énergétique ou les transports propres.

 

Qu’obtiennent les entreprises et les start-up qui décrochent votre label?

De la visibilité, surtout. Ce qui n’est pas négligeable pour une très petite entreprise. Mais nous avons changé de braquet. Ces derniers mois, nous avons noué des partenariats avec de grandes régions. Cela nous a permis, par exemple, d’identifier les besoins du Grand-Est, de la Wallonie ou de l’Ecosse et de leur proposer des solutions environnementales efficaces et économiquement rentables. Nous adoptons progressivement la même approche avec les entreprises. Il y a quelques semaines, nous avons initié un appel à projets pour le compte d’Air France. Si le groupe découvre ainsi des technologies qui l’intéressent, il pourra directement les mettre en œuvre.

 

L’entreprise, c’est l’avenir du climat ?

Je ne sais pas. Ce que je constate, en revanche, c’est que les négociations au sein des COP butent souvent sur des questions de détail, de procédure. Cela engendre beaucoup de frustrations. Là où les Etats se bloquent, les territoires et les entreprises innovent, développent des solutions qui peuvent être déployer par d’autres. Et cela va très vite. Je ne crois plus en la capacité des négociations onusiennes pour stabiliser le réchauffement. Il reste les solutions des industriels, des régions, des individus pour faire avancer la cause.

 

Les Etats ont échoué selon vous?

Nous vivons un terrible paradoxe. D’un côté, l’action étatique favorise la sortie de la BEI des énergies fossiles ou la création du Green Deal. Ce qui est remarquable. D’un autre côté, ces mêmes Etats tolèrent les pollutions de l’air, de l’eau, les émissions croissantes de gaz à effet de serre. Les gouvernements européens dénoncent, avec raison, la déforestation de l’Amazonie. Dans le même temps, ils importent du soja brésilien, issu de cette déforestation, pour nourrir des bovins émetteurs de gaz à effet de serre. Ils pourraient mettre en place des barrières douanières pour empêcher l’importation de produits incompatibles avec leurs règles environnementales nationales. C’est conforme aux règles de l’organisation mondiale du commerce. Mais ils ne le font pas.

 

Revenons aux projets de la fondation. Vous semblez très attaché à la rentabilité des projets que la fondation labellise. Une obligation?

Nous partons du principe que la protection de l’environnement doit être aussi créatrice de richesses et d’emplois. Protéger l’environnement ou réduire les émissions de gaz à effet de serre doit bénéficier à la société. Sinon ce sera rejeté. C’est en sacrifiant ce principe que l’on a déclenché, en France, le mouvement des gilets jaunes.

 

Y-a-t-il des limites à ce que l’on peut vous proposer?

Absolument. D’abord, nous n’acceptons pas de projets d’entités ou d’entreprises qui ne se conforment pas aux principes du Global Compact de l’ONU. Cela nous interdit de travailler avec Monsanto, par exemple, ou sur des secteurs comme les OGM ou la fission nucléaire actuelle.

 

Le nucléaire n’est pourtant pas émetteur de CO2.

Non, mais il produit des déchets qu’il faudra gérer pendant 250.000 générations. Ce n’est pas soutenable! Les projets doivent être rentables, certes, mais aussi avoir d’excellents résultats d’analyse de cycle de vie.

 

Tous les secteurs industriels répondent-ils présents à votre appel ?

Pas encore. Nous manquons cruellement de technologies dans les domaines de l’eau et de l’agroalimentaire, notamment. Nous allons secouer ces cocotiers.

 

Quid de l’aviation ?

Ils viennent de loin. Voyez-vous pendant les premières 50 années de l’aviation, le secteur a été extrêmement disruptif, à l’instar de ce qui s'est passé dans l’automobile. Depuis 50 ans, les industriels optimisent leurs technologies. Et ils ont perdu de vue l’innovation.

 

Qu’est devenu votre avion solaire Solar Impulse?

Il a été repris par Skydweller, co-entreprise hispano-américaine. Son équipe va le transformer en drone pour mener des missions d’observation de la terre et de transmissions de communications à haut débit. Facebook et Google avaient le même type d’idée. Ils n’ont pas voulu bénéficier de notre expérience. Résultat: leurs prototypes se sont écrasés.

 



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