Bercy rétropédale: l’additif E171 sera bien suspendu

Le 11 janvier 2019 par Romain Loury
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Bruno Le Maire signera l'arrêté mi-avril
Bruno Le Maire signera l'arrêté mi-avril

Devant la bronca suscitée par son annonce de ne pas suspendre l’additif alimentaire E171, le ministre de l’économie Bruno Le Maire s’est finalement engagé, vendredi 11 janvier devant plusieurs associations, à signer l’arrêté de suspension mi-avril.

C’est l’histoire d’un étrange couac politico-sanitaire: en mai 2018, le gouvernement, par la voix de sa secrétaire d’Etat Brune Poirson, s’était engagé à suspendre l’additif E171, à savoir le dioxyde de titane (en grande partie sous forme nano), dans les produits alimentaires. A l’origine de cette décision, plusieurs études ayant révélé sa toxicité, notamment l’une, publiée en janvier 2017 par des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), montrant chez des rats un effet sur la cancérogénèse colorectale.

Cette mesure de suspension avait même été inscrite dans la loi agriculture et alimentation du 30 octobre 2018, issue des Etats généraux de l’alimentation (EGAlim), à l’initiative de plusieurs députés LREM. Ne voyant rien venir, 22 associations avaient lancé un appel, fin décembre dans Le Monde, au ministre de l’économie Bruno Le Maire, en charge de la consommation, l’enjoignant à signer l’arrêté de suspension.

Le Maire: non-oui dans la même semaine

Patatras: mardi 8 janvier, celui-ci annonçait sur le plateau de «C à vous» (France 5) qu’il n’en ferait rien dans l’immédiat, conditionnant sa signature à un rapport de l’Anses et à l’aval des autorités européennes. Contrevenant ouvertement à la loi, la volte-face a indigné les associations, dont plusieurs demandent l’interdiction de l’E171 depuis plusieurs années.

Jeudi 10 janvier en fin d’après-midi, l’association Agir pour l’environnement, en pointe sur le sujet, était conviée à une rencontre avec le cabinet du ministre de la transition écologique François de Rugy. Selon ses conseillers, Bruno Le Maire «n’avait parlé qu’en son nom propre», sans l’appui d’aucune décision interministérielle.

Vendredi 11 janvier dans l’après-midi, c’était à ce dernier de réunir, à Bercy, plusieurs des signataires de la tribune parue dans Le Monde. Virage à 180°: Bruno Le Maire leur a fait la promesse de signer l’arrêté de suspension mi-avril. Soit dans trois mois, le temps d’obtenir de l’Anses[i] des arguments scientifiques étayant cette mesure, explique au JDLE Magali Ringoot, coordinatrice de la campagne «Stop Nano» d’Agir pour l’Environnement.

«La fin de la cacophonie médiatique»

Reste à notifier la nouvelle à Bruxelles, ce qui constituait, selon plusieurs personnes proches du dossier, l’un des motifs d’appréhension de Bruno Le Maire, qui préférait une décision à l’échelle européenne.

Quant à l’industrie, la sortie de l’E171, utilisé uniquement à visée esthétique, semble sans grande difficulté technique: plusieurs entreprises ont d’ailleurs annoncé s’en être déjà débarrassé, et d’autres, comme Mars, s’apprêtent à franchir le pas.

Pour l’association Foodwatch France, c’est «la fin de la cacophonie médiatique sur cet additif controversé, une belle victoire pour nos associations et la santé publique», indique-t-elle sur son compte Twitter. L’UFC-Que Choisir salue quant à elle une «victoire du principe de précaution». Pas sûr que ce soit celle de la «cohérence», pourtant mise en avant par Bruno Le Maire sur le plateau de «C à vous» pour justifier sa non-signature de l’arrêté.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et de la santé

 



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