Barrages, irrigation: les dauphins de l’Indus mis à rude épreuve

Le 31 juillet 2014 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le dauphin de l'Indus, victime des barrages
Le dauphin de l'Indus, victime des barrages
DR

En danger d’extinction, le dauphin de l’Indus, au Pakistan, souffre de la parcellisation de son habitat du fait des barrages, et du pompage excessif d’eau d’irrigation. Des dangers qui, à terme, menacent tous les dauphins d’eau douce.

De 1886 à 1979, ce sont 21 barrages qui ont été construits sur le fleuve Indus et ses affluents. Soit 17 sections de rivière dans ce qui était jadis le berceau historique des dauphins de l’Indus (Platanista gangetica minor). Ce qui a divisé l’espèce en autant de sous-populations, pourrait-on croire. Loin de là, car seuls 10  de ces tronçons recèlent encore de ces cétacés, les autres ayant vraisemblablement disparu.

C’est ce que révèlent les travaux publiés par Gill Braulik, du Scottish Oceans Institute de l’université de Saint Andrews (Ecosse), et ses collègues dans la revue PLoS ONE. Lors de cette étude, les chercheurs ont interrogé de vieux pêcheurs des bords de l’Indus et de ses affluents, leur demandant quand ils avaient aperçu l’un de ces dauphins pour la dernière fois.

Résultat: les dauphins de l’Indus, dont on estime qu’il ne reste plus qu’un millier d’individus, ne subsistent plus que dans le cours principal du fleuve. Ils ont en revanche disparu de tous ses affluents, à l’exception d’une petite population dans la rivière Beas, au nord de l’Inde.

Avant même les barrages, c’est le pompage excessif d’eau d’irrigation qui rend avant tout la vie des dauphins la plus ardue: la baisse du volume d’eau réduit leur habitat, accroît la température du fleuve et diminue la diversité des poissons dont ils se nourrissent.

C’est d’ailleurs le débit d’eau qui explique le mieux la répartition actuelle des dauphins, leur date de disparition dans certaines sections de rivière (extrapolée à partir des témoignages des pêcheurs), ainsi que la vitesse d’extinction après construction d’un barrage. Selon les chercheurs, une sous-population a 50% de chances de survivre à 50 ans d’isolement, 37% à 100 ans.

Chasse et pollution, des causes annexes

A la différence de ses cousins, la raréfaction du dauphin de l’Indus semble assez peu liée à la pollution de l’eau, qui touche principalement les affluents depuis les années 1980. Or le déclin, puis la disparition, de l’espèce dans ces cours d’eau secondaires s’était amorcée bien avant. De même, la chasse intentionnelle, jusqu’à ce que l’espèce devienne protégée en 1975, n’a réellement été intense que dans le cours principal de l’Indus, là où le dauphin subsiste encore.

La parcellisation des grands fleuves asiatiques n’est hélas pas terminée, loin de là. En recherche constante d’énergie, les trois grandes puissances locales (Chine, Inde, Pakistan) ont en effet plusieurs projets de barrages hydroélectriques. A ce rythme, l’Himalaya pourrait bientôt devenir la région du monde la plus richement dotée en la matière.

Que ce soit pour le dauphin de l’Indus ou pour son plus proche cousin, le dauphin du Gange (Platanista gangetica gangetica), le calvaire pourrait donc se poursuivre, et ce jusqu’à l’extinction. Quant au dauphin du Yangtze, la question ne se pose plus: l’espèce a probablement déjà disparu au milieu des années 2000. En cause, la pollution, les captures accidentelles ou non, et le barrage des Trois-Gorges.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus