Barrage de Poutès: EDF s’efface du projet

Le 17 juin 2016 par Marine Jobert
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Le barrage de Poutès lors de sa construction en 1941.
Le barrage de Poutès lors de sa construction en 1941.
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Après des années de concertation, l’électricien s’était engagé à effacer ce barrage situé sur l’Allier. Ses mauvais résultats financiers l’amènent à «repousser» des travaux prévus pour la mi-juin 2016. Les associations, fortes d’une lutte de plusieurs décennies, rappellent l’Etat actionnaire à ses engagements.

Elles attendaient un premier coup de pioche; les voilà avec un couteau planté dans le dos. EDF a annoncé l’ajournement, pour des motifs financiers, des travaux d’effacement du barrage de Poutès (Haute-Loire), qui devaient débuter mi-juin. «C’est d’abord une très mauvaise nouvelle pour la biodiversité, en particulier pour le saumon de la Loire, dernier saumon de longue migration d’Europe, véritable ‘trésor national’, ont réagi, consternées, les associations locales de protection de l’environnement. C’est aussi une attaque inopportune d’une société civile et de ses ONG qui travaillent depuis des décennies sur ce projet et en faveur de la restauration écologique des fleuves.» Car ce projet du Nouveau Poutès était devenu, à force de discussions, d’échanges et de compromis entre associations, élus, Etat et entreprise, l’archétype d’une concertation réussie.

Des décennies de lutte

Ce projet, conçu pour diminuer le volume de la retenue de 99% en effaçant la hauteur du barrage de 18 à 4 mètres, tout en augmentant le débit réservé et en diminuant de 80% la production d’électricité, aurait coûté 24 millions d’euros à EDF (pour l’ensemble du complexe hydraulique de Monistrol d’Allier, associé au barrage de Poutès). Il faut dire que le lieu avait une riche histoire de luttes… En 1986, EDF y avait installé l’un des premiers ascenseurs à poissons de France, avant que les associations n’engagent un bras de fer en 1991 contre ce barrage qui faisait, malgré tout, obstacle à la migration d’un saumon en très mauvais état de conservation. Les années 1990 verront la réalisation de plusieurs programmes et projets au bénéfice de ce poisson emblématique, dont la destruction du barrage de Saint Etienne du Vigan, en amont de Poutès. En 2006, c’est l’impasse: les associations réclament la suppression du barrage, quand les élus et EDF exigent le maintien de la production d’électricité. Après le Grenelle de l’environnement, une convention d’engagement pour le développement d’une hydroélectricité durable est signée entre plusieurs associations et l’association des maires de France, ouvrant la voie à plusieurs années de dialogue fructueux. En 2015, la concession d’EDF est renouvelée pour 50 ans, les demandes de travaux d’effacement et de modernisation du barrage sont déposées. Et patatras.

Loire vivante

«La forte baisse des prix prévisionnels de vente» amène EDF à «repousser le démarrage des travaux, le temps de trouver des solutions économiques qui garantiront l’équilibre dans la durée du contrat de concession», annonce l’électricien dans un communiqué diffusé le 8 juin. Cette concession, qui doit courir sur 50 ans, devrait pourtant «largement permettre d’amortir un investissement d’avenir», estiment les associations. Déterminées, elles préviennent: «Si certains pensent que l’esprit de Loire vivante, qui a stoppé il y a 30 ans le bétonnage anachronique de la Loire, s’est estompé, ils se trompent. Nous sommes prêts s’il le faut à relancer le combat pour le remplacement de l’archaïque barrage de Poutès.»



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