AZF: une nouvelle expertise démonte la thèse officielle

Le 29 août 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les bombes d'un Lancaster sont-elles à l'origine de la catastrophe ?
Les bombes d'un Lancaster sont-elles à l'origine de la catastrophe ?

 

Dans sa dernière mouture, Préventique propose un nouveau scénario expliquant la catastrophe du 21 septembre 2001. Si nombre d’éléments n’apportent rien de nouveau à la compréhension de l’accident, l’étude publiée par la revue affirme que c’est l’explosion d’une bombe datant de la Seconde guerre mondiale qui serait à l’origine du désastre. Une théorie qui séduit plus qu’elle ne convainc.

 

En matière d’accident industriel, la catastrophe d’AZF reste à jamais inscrite dans la catégorie hors norme.

 

Par son bilan tout d’abord. Le 21 septembre 2011 à 10 h 15, dix jours après les attentats du 11 septembre, une énorme explosion détruit, en partie, le site AZF de Toulouse, tuant immédiatement 31 personnes (dont 21 sur le site) et en blessant plusieurs milliers d’autres.

 

Aux alentours, 1.300 entreprises (21.000 emplois) sont touchées, dont la société locale de transports publics qui perd ainsi 150 de ses bus. Des années durant, des milliers de Toulousains, révélera en 2007 une étude de l’Institut national de veille sanitaire (InVS), souffriront de troubles auditifs, physiques et psychologiques.

 

Mais l’affaire AZF est aussi un incroyable feuilleton judiciaire dont les derniers épisodes ne sont pas encore écrits. Dans les heures qui suivent le drame et alors que l’enquête policière n’a pas encore débuté, les autorités ont déjà fait leur choix. «Les chances qu’il s’agisse d’un accident sont majoritaires et laissent peu de place à un acte de malveillance», explique ainsi le procureur de la République de l’époque, quelques heures après l’explosion. Une thèse que l’instruction ne cessera d’étayer.

 

Lors du procès correctionnel, qui se déroule du 23 février au 30 juin 2009, l’accusation considère que la cause la plus probable du sinistre vient du versement, à la suite d’une négligence, d’un produit chloré (le dichloroisocyanurate de sodium) dans le stock d’engrais, composé de nitrate d’ammonium, stocké dans le hangar 221 d’AZF. L’hypothèse de l’accident chimique ne soulève pas l’enthousiasme des magistrats qui relaxent les prévenus, au motif que le lien de causalité entre les faits réunis par le juge d’instruction et l’explosion reste incertain. Le parquet interjette appel. La cour d’appel de Toulouse rejuge l’affaire l’hiver dernier. Son arrêt est attendu le 24 septembre.

 

S’il ne convainc pas la défense ni certains magistrats, le scénario officiel est rejeté par des enquêteurs (professionnels ou autoproclamés) et certains experts. Une douzaine de livres soulignent les incohérences de la thèse officielle, rappellent que de nombreux éléments n’ont pas (ou mal) été pris en compte par le juge d’instruction. Et chacun d’avancer sa théorie: attentat, essai d’un nouveau type de bombe sur le site voisin de la SNPE, etc.

 

Les animateurs de la revue Préventique ont toujours critiqué la thèse judiciaire. Quelques semaines avant le premier procès, son directeur Hubert Seillan publie Un tsunami urbain AZF Toulouse. Dans son livre, ce spécialiste de l’ingénierie des risques (que nous n’avons pu joindre) estime que «trop de faits sont restés dans l’ombre, trop d’analyses ont été superficielles, trop d’expertises théoriques pour que l’on soit satisfait».

 

Dans la dernière mouture de sa revue, le juriste publie les conclusions d’une nouvelle enquête «indépendante» qui met, de nouveau, le feu aux poudres. Coordonnée par Laurent Jacob (ancien ingénieur de l’armement que nous n’avons pu joindre non plus), cette contre-expertise propose un scénario a priori plus logique que celui de l’instruction.

 

En s’appuyant sur tous les éléments et les témoignages recueillis par les experts et les médias, l’équipe (forte d’une douzaine de personnes) fixe le point de départ de la catastrophe dans la tour de prilling (où est fabriqué l’engrais d’AZF) de l’usine.

 

Ce 21 septembre 2001, un faible vent d’autan et une forte hygrométrie empêchent la dispersion verticale du panache produit par la tour de prilling (dite N1C). Riche en particules de nitrate d’ammonium, cette fumée noie les réseaux électriques locaux. Conductrices, les solutions de nitrates sont déposées sur les lignes et les isolateurs, «ce qui va permettre au courant électrique de passer sur les pylônes. Il se produit des mises à la terre et des arcs électriques». Des arcs décrits par plusieurs témoins oculaires. Des arcs qui pourraient aussi être à l’origine des perturbations constatées sur le système électrique et informatique de l’usine, également décrits par des témoins et enregistrées par EDF.

 

Ces dysfonctionnements auraient provoqué l’arrêt du calculateur contrôlant le processus de fabrication de l’ammoniac. Hors contrôle, la tour de prilling se met à produire de l’oxyde de carbone qui se mêle à l’ammoniac. Initié par un arc électrique, le mélange explose dans la trémie de la tour. Première explosion.

 

A peine séparé du site AZF par un petit canal, le site SNPE aurait été aussi victime d’un incident quasiment au même moment. Selon nos experts, l’un des réservoirs de l’usine classée «secret défense» aurait «perdu», dans la matinée du 21 septembre, 10 tonnes de diméthylhydrazine asymétrique (UDMH), un composé chimique servant à la fabrication de carburant de fusée et de missile balistique.

 

Une fuite attestée par la forte odeur d’ammoniac et de poisson pourri perçue par quelques témoins. Cet ergol se serait répandu dans des canalisations et des souterrains situés sous le site de la SNPE. Mélangé à l’oxygène de l’air, et amorcé par des arcs électriques, l’ergol aurait explosé sous terre générant un séisme «d’une intensité de 3,4». Ce mini-tremblement de terre aurait provoqué la détonation de deux bombes datant de la Seconde guerre mondiale (l’aviation britannique a mené un important raid sur Toulouse dans la nuit du 4 au 5 avril 1944) et oubliées depuis. «Une de ces bombes, situées sous le hangar 221, fait exploser le nitrate d’ammonium et déclenche la catastrophe», concluent les auteurs de l’étude de Préventique.

 

Pour originale qu’elle soit, cette énième tentative d’explication des causes de la catastrophe d’AZF n’apporte pas d’information exploitable par la justice ou les parties civiles. Elle reprend à son compte nombre d’explications avancées depuis des années par des experts plus ou moins sérieux: l’explosion souterraine, la première explosion sur le site de la SNPE, l’explosion des vapeurs d’UDMH de la SNPE (mais dans la tour de prilling d’AZF), les perturbation électriques… Elle innove, en revanche, en attribuant à l’explosion d’une bombe «dormante» l’explosion du fameux hangar 221.

 

Faute d’indice matériel (aucun débris de bombe n’a été retrouvé), l’hypothèse Préventique laisse sceptiques les principaux intéressés. Interrogé par l’AFP, Daniel Soulez Larivière ne compte pas s'en servir. L’avocat du propriétaire de l'usine (Grande Paroisse, groupe Total) parle avec prudence d'une «spéculation compliquée, mais intelligente».



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