AZF : une filiale de Total jugée en appel

Le 03 novembre 2011 par Geneviève De Lacour
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La société Grande Paroisse, filiale du groupe Total, sera jugée en appel à partir de ce jeudi 3 novembre à Toulouse pour l'explosion de l'usine chimique AZF, qui avait fait 31 morts en septembre 2001.

L’une des plus graves catastrophes de l'industrie française depuis la Seconde Guerre mondiale, a blessé 20.000 personnes, endommagé près de 30.000 logements, est à l’origine de 85.000 sinistrés et généré des milliards d'euros de dégâts. L'ancien directeur de l'usine Serge Biechelin, relaxé en première instance en novembre 2009, sera aussi rejugé, comme son ex-société, pour «homicides et blessures involontaires».

 
Le désastre est imputé, par les experts, au stockage imprudent dans le même hangar de matières chlorées et nitratées, explosives lorsqu'elles sont combinées. Mais en première instance, le tribunal correctionnel avait jugé cette hypothèse trop fragile. «Il demeure une inconnue concernant le processus exact d'initiation de l'explosion », a conclu alors le tribunal, ajoutant après quatre mois d'audience ne pas pouvoir «fonder son jugement sur des hypothèses ».
 
Même si des fautes d'organisation dans l'usine sont avérées, comme les stockages anormaux, l'absence de caméras de sécurité, de système de chauffage ou de lutte contre l'incendie dans le hangar, le lien de causalité avec l'accident n'est pas établi, ont conclu, à l’époque, les juges.
 
En juin 2009, le parquet avait requis  la condamnation de la société à 225.000 euros d'amende, peine maximale prévue par la loi pour «homicides et blessures involontaires », ainsi que trois ans de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende contre Serge Biechelin (voir JDLE). A l’annonce de la relaxe générale, il a donc fait appel le 20 novembre 2009.
 
Au premier procès, l'ancien P-DG de Total Thierry Desmarest a été cité à comparaître directement par certaines parties civiles, mais la décision a été jugée irrecevable et il ne devrait donc pas revenir en appel.
 
Total, première société française par la capitalisation boursière, a déjà versé près de deux milliards d'euros pour réparer les dégâts de la catastrophe, même si elle se dit pénalement innocente dans ce dossier. Ses avocats critiquent, depuis, le début l'instruction, qui selon eux n’aurait pas examiné à fond toutes les pistes. Le scénario d'un attentat a été écarté par la police après des investigations détaillées. Un complément d'enquête demandé en première instance a été refusé.
 
Pour ce second procès, quelques 2.351 parties civiles seront  donc présentes contre 3.149 en première instance. L'audience se déroulera dans une salle municipale, la même qu'au premier procès, spécialement aménagée pour pouvoir accueillir un millier de personnes. Une cinquantaine d'avocats et plusieurs centaines d'experts ou de témoins seront présents. Les audiences dureront quatre mois.
 
«J'attends de ce procès une confirmation de la relaxe de mes clients» a commenté maître Daniel Soulez-Larivière, l'un des avocats des prévenus. «En principe, au niveau procédure, il ne devrait rien y avoir de nouveau dans ce second procès. Mais s'il peut faire progresser cette affaire, il aura été utile» a-t-il ajouté.
 
Maitre Stella Bisseuil, avocate d'une des principales associations de familles de victimes, espère une autre analyse du même dossier. «C'est vrai qu'il n'y a pas de choses vraiment nouvelles dans le dossier mais nous espérons que la cour sera lucide et clairvoyante sur la stratégie souvent grossière de la défense » a-t-elle expliqué.
 
Dans un communiqué, le maire socialiste de Toulouse, Pierre Cohen, a déclaré «être aux côtés du ministère public pour participer à la recherche de la vérité sur cette catastrophe qui a meurtri la ville de Toulouse et ses habitants ». La commune est partie civile.


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