Avions: les traînées de condensation vont accroître le réchauffement

Le 28 juin 2019 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Les cirrus homogenitus, nuages anthropogéniques
Les cirrus homogenitus, nuages anthropogéniques

Avec la hausse du trafic aérien, les traînées de condensation vont se faire plus nombreuses. Problème, elles sont la principale cause de réchauffement liée à l’aviation. D’ici 2050, leur forçage radiatif pourrait tripler, révèle une étude publiée jeudi 27 juin dans Atmospheric Chemistry and Physics.

L’aviation mondiale est à l’origine d’environ 5% du forçage radiatif, phénomène physique à l’origine du réchauffement climatique. Si les émissions de CO2 en sont un facteur majeur (forçage radiatif de 24 Watt/m2 en 2006), elles se situent loin derrière les cirrus homogenitus, traînées de condensation se formant à l’arrière des avions, dont le forçage était de 49 W/m2 en 2006.

Or du fait de la hausse du trafic aérien, qui devrait quadrupler entre 2006 et 2050, ce phénomène va fortement s’accroître. Dans leur étude, Lisa Bock et Ulrike Burkhardt, de l’Institut de physique de l’atmosphère (près de Munich), estiment que le forçage radiatif lié à l’aviation devrait tripler, pour atteindre entre 160 et 180 W/m2[i].

Suivant la même tendance que le trafic aérien, le forçage radiatif lié aux traînées de condensation devrait rester concentré sur l’Amérique du Nord et l’Europe, mais avec une forte augmentation de l’Asie du sud-est.

Des vols plus en altitude

Si le forçage radiatif n’augmente pas autant que le trafic aérien (3 fois, contre 4 fois), c’est en grande partie parce que les vols s’effectueront toujours plus en altitude: sous les latitudes tempérées de l’hémisphère nord, 29% des vols auront lieu dans la stratosphère (au-dessus de 12 km d’altitude), contre 16% en 2006.

Or les cirrus homogenitus se forment moins facilement dans la stratosphère, du fait d’une moindre humidité. A l’inverse, ces traînées de condensation deviendront plus probables sous les tropiques, où la troposphère (couche atmosphérique située entre 0 et 12 km) est de température trop élevée pour que la condensation ait lieu.

L’effet incertain du réchauffement

Quant au réchauffement, il n’aura que peu d’influence sur le forçage radiatif lié à l’aviation, du moins au niveau mondial. Au niveau régional, il devrait légèrement le freiner en Asie du sud-est, mais devrait le favoriser en Amérique du Nord et en Europe, l’un compensant l’autre.

Bien d’autres facteurs devraient toutefois entrer en compte dans le bilan climatique de l’aviation. En particulier le changement de régime des jet-streams, du fait du réchauffement, pourrait agir sur la dispersion des cirrus.

D’ores et déjà, le renforcement du jet-stream a légèrement modifié les durées de vol, les allongeant en direction de l’ouest, les raccourcissant en direction de l’est: selon une étude américaine publiée en 2015, ce phénomène serait responsable d’une hausse de 1,5% des rejets de CO2 liés aux avions au cours des 20 dernières années, soit +0,03% des émissions mondiales de CO2.



[i] Dans le même temps, le forçage lié au CO2 rejeté par les avions devrait passer de 24 W/m2 en 2006 à 58, voire 84,8 W/m2, selon le scénario retenu d’évolution du trafic.

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus