Avions: la crainte d’une maladie professionnelle?

Le 23 décembre 2014 par Romain Loury
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"Eviter la psychose"?
"Eviter la psychose"?
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Le personnel navigant est-il exposé à un risque accru de cancer de la peau du fait d’une surexposition aux ultraviolets de type A (UVA)? De nouvelles études publiées cette année viennent renforcer les suspicions. Pour le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), le sujet fait l’objet d’une «omerta» des compagnies aériennes.

Phénomène suspecté de longue date, le personnel navigant, en particulier les pilotes de ligne, serait plus à risque de mélanome que la population générale. Des chercheurs californiens travaillant sur le sujet ont trouvé un suspect lors d’une étude publiée mercredi 17 décembre: les UVA, dont 54% ne seraient pas filtrés par les hublots et pare-brises.

Pour les compagnies et les médecins du travail, ce risque, s’il existe, serait lié à la fréquentation de pays ensoleillés. Une hypothèse du risque au sol, qui aurait pour mérite incident d’éviter toute responsabilité de l’employeur vis-à-vis d’éventuelles maladies professionnelles.

Contacté par le JDLE, Patrick Magisson, porte-parole du SNPL, y voit «une omerta quasi-complète de la part des compagnies aériennes». «Il y a une paranoïa qui règne sur le sujet: les compagnies ne veulent pas voir ces maladies classées comme maladies professionnelles. Et il s’agit aussi de ne pas provoquer de psychose chez nos passagers, dont certains ont plus d’heures de vol que nous», ajoute-t-il.

Quant aux deux études californiennes, Patrick Magisson reconnaît qu’il ne s’agit que de «résultats préliminaires». «Le phénomène est probablement sous-estimé. Je n’ai jamais entendu parler d’un pilote ayant pris un coup de soleil en vol, mais il est en effet possible qu’un risque existe à long terme, avec des doses répétées d’UVA», avance-t-il. D’autant que dans un avion règnent des conditions «très agressives» pour la peau, avec «un taux d’humidité de 3% à 4%».

Un suivi médical insuffisant

Pour le SNPL, il faut «donner les moyens au chercheurs de mener des études épidémiologiques sur le sujet» et accroître le suivi médical du personnel navigant. D’ailleurs, qu’en est-il de la visite médicale annuelle? Risque professionnel ou non, les médecins interrogés affirment que l’examen suffirait à détecter des lésions suspectes. Ce dont Patrick Magisson doute fortement.

«Ces médecins sont des généralistes, sans aucune obligation de formation en dermatologie. Montre en main, l’ensemble de l’examen clinique dure 5 minutes, alors qu’un examen dermatologique complet devrait durer 10 minutes, voire un quart d’heure», explique le porte-parole du SNPL.

Que font les compagnies aériennes? Contactée vendredi par le JDLE, Air France indiquait recommander fortement à son personnel de porter des lunettes de soleil et de s’enduire de crème solaire. Pour Patrick Magisson, il y a certes «des messages de la médecine du travail lorsqu’on va dans les pays ensoleillés, mais au sol».

En revanche, «jamais une compagnie aérienne n’a donné de tels conseils pour les vols», s’insurge-t-il. Et pour les crèmes solaires, ce serait même étonnant: «en vol, il faut éviter de se mettre des matières grasses sur le visage, car si on doit utiliser des masques à oxygène, la réaction peut provoquer de graves brûlures.  C’est pourquoi les hôtesses de l’air reçoivent des conseils en matière de maquillage, en particulier sur les fonds de teint».



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