Avec les néonicotinoïdes, les oiseaux traînent en migrant

Le 13 septembre 2019 par Romain Loury
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Le bruant à couronne blanche
Le bruant à couronne blanche

Ces insecticides ont des effets très toxiques sur les oiseaux, en particulier les migrateurs, dont ils allongent le voyage, révèle une étude publiée vendredi 13 septembre dans la revue Science.

Si les néonicotinoïdes, insecticides désormais interdits en France, ont surtout fait parler d’eux en raison de leurs effets sur les insectes pollinisateurs, plusieurs études suggèrent aussi une toxicité sur une grande variété d’espèces, des vers de terre aux mammifères, comme le révélait une grande méta-analyse publiée en 2014.

En 2017, l’équipe de Christy Morrissey, biologiste à l’université de la Saskatchewan (Canada), avait révélé des troubles de l’orientation chez des bruants à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys), oiseaux migrateurs nord-américains, lorsqu’ils étaient exposés à l’imidaclopride. Sans en être la seule cause, les pesticides pourraient ainsi contribuer au déclin mondial des espèces migratrices observé ces dernières décennies.

Perte d’appétit et de poids

Ces tests d’orientation avaient toutefois été menés sur des oiseaux capturés. Restait à confirmer ce qu’il en était en milieu naturel, lors d’une vraie migration. Bilan de leur nouvelle étude, publiée vendredi 13 septembre dans Science: les chercheurs canadiens confirment un effet délétère de l’imidaclopride, mais il n’est pas celui auquel ils s’attendaient. Il est en revanche plus sournois: les oiseaux parviennent bien à bon port, mais prennent du retard en chemin.

Pour montrer cela, les chercheurs ont capturé 33 bruants à couronne blanche, dont certains se sont vus administrer de l’imidaclopride: soit une dose faible (1,2 mg/kg de poids corporel), soit une dose élevée (3,9 mg/kg. Des niveaux tout à fait réalistes, correspondant à 3% et 10% de la dose mortelle médiane, et qui équivaut à l’ingestion de quelques graines traitées aux néonicotinoïdes.

Chez les oiseaux exposés à l’imidaclopride, les chercheurs observent d’abord une perte de poids prononcée 24 heures après l’ingestion, principalement en raison d’une fonte des graisses. En cause, un effet anorexigène de l’imidaclopride: les oiseaux exposés à la plus forte dose se nourrissaient 70% moins que les contrôles.

Des arrêts prolongés

Equipés d’émetteurs radio, ces 33 oiseaux ont ensuite été relâchés dans la nature. Or si les contrôles ne faisaient qu’une brève étape (une demi-journée), ceux ayant reçu la faible dose d’imidaclopride attendaient 3 jours avant de repartir, et les plus exposés 4 jours. Selon les chercheurs, cet effet est lié à la nécessité de reprendre des forces, amoindries par les effets coupe-faim du pesticide.

Au final, les oiseaux migrateurs mettraient ainsi plus de temps à arriver à destination. Ce qui n’est pas sans conséquence, comme l’ont révélé plusieurs études: «les oiseaux migrateurs arrivant en retard obtiennent des territoires de moindre qualité,  se reproduisent plus tard, ont une progéniture moins abondante, en moins bonne santé, donc moins à même de survivre», rappellent les chercheurs.



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