Avec le réchauffement, plus d’hybrides génétiques

Le 26 mai 2014 par Romain Loury
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La truite fardée, trop attirée par sa cousine arc-en-ciel
La truite fardée, trop attirée par sa cousine arc-en-ciel
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Avec le réchauffement climatique, les espèces invasives pourraient s’hybrider plus facilement aux populations natives, au risque de faire disparaître celles-ci pour de bon. C’est du moins ce que révèle, pour la truite fardée, une étude américaine publiée le 25 mai dans la revue Nature Climate Change.

Introduite à la fin du XIXe siècle dans la rivière Flathead, qui naît en Colombie-Britannique (Canada) pour se jeter dans la rivière Clark Fork au Montana (Etats-Unis), la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) semble s’y être bien acclimatée. Et ce au détriment d’espèces locales, dont la truite fardée (Oncorhynchus clarki lewisi). Une espèce qui risque fort de disparaître, du fait de croisements avec sa cousine invasive.

Or la menace semble se faire très pressante, ainsi que le révèle l’étude menée par Clint Muhlfeld, du Northern Rocky Mountain Science Center à West Glacier (Montana), et ses collègues. Par analyse génétique, les chercheurs montrent que le rythme d’hybridation entre les deux espèces, après avoir longtemps stagné alors que la truite arc-en-ciel a été introduite il y a un siècle, s’est soudain accéléré à la fin des années 1970.

De quelques traces de croisement observées sur 2 des 20 sites analysés à la fin des années 1970, 11 étaient touchés dans les années 2000, avec des signes d’hybridation massive. Or, selon les calculs des chercheurs, deux facteurs paraissent expliquer cette soudaine attraction des truites fardées pour les truites arc-en-ciel: des étés plus chauds, de moindres précipitations printanières.

Car dans le même temps, le réchauffement climatique s’est accéléré, la hausse étant désormais de 0,32°C par décennie sur la période 1978-2008, contre 0,14°C par décennie sur la période 1948-2008. En 60 ans, la température moyenne annuelle s’est donc élevée de 0,82°C, avec un coup d’accélérateur ces 30 dernières années.

Pour les chercheurs, les œufs de la truite arc-en-ciel, qui se reproduit plus tôt que la fardée, se trouveraient désormais protégés d’un flux trop élevé des rivières au printemps. L’espèce a pu ainsi proliférer en milieu sauvage, y rencontrant plus facilement sa cousine.

Selon les chercheurs, la truite arc-en-ciel constitue la menace la plus forte pour la truite fardée. D’autant que les hybrides, bien que de plus en plus courants, s’avèrent plus fragiles que leurs ancêtres non croisés, fruit d’une longue coévolution avec leur milieu.

Face à ce danger pour la biodiversité, les biologistes affrontent un dilemme, estiment les chercheurs: «Protéger l’intégrité de l’espèce naturelle par isolement, au risque de perdre en diversité génétique; ou permettre l’hybridation, ce qui causerait la disparition de génomes naturels ayant évolué depuis des millénaires».



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