Avec le réchauffement, les oiseaux rapetissent

Le 06 décembre 2019 par Romain Loury
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Les oiseaux affectés par le réchauffement
Les oiseaux affectés par le réchauffement
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Le réchauffement rétrécit les oiseaux migrateurs, tout en allongeant leurs ailes, révèle une étude américaine publiée mercredi 4 décembre dans les Ecology Letters.

L’étude menée par l’équipe de Benjamin Winger, écologue à l’université du Michigan, semble confirmer la règle édictée par le biologiste allemand Carl Bergmann (1814-1865): au sein des espèces endothermes (qui régulent leur température, tels les mammifères et les oiseaux), les individus sont de plus petite taille sous les climats les plus chauds, plus grands sous les climats froids[i]En cause, le fait que lorsque la taille s’élève, le rapport entre surface et volume s’amoindrit: dans les régions froides, une plus grande taille permet d’amoindrir les déperditions de chaleur.

Près de 71.000 oiseaux analysés

Les chercheurs américains ont pour leur part analysé les caractéristiques de taille et de poids de 70.716 oiseaux migrateurs nord-américains (52 espèces), mesurées suite à des collisions avec des bâtiments de Chicago. Lancée en 1978, leur base de données constitue l’un des registres les plus importants consignant de telles données morphologiques chez les oiseaux.

Sur l’ensemble des 52 espèces, les chercheurs révèlent une diminution du poids des oiseaux, de 2,6% entre 1978 et 2014, ainsi que de la taille du tarse (-2,4%), os du membre inférieur dont la variation est considérée comme la plus fiable pour évaluer les différences interindividuelles chez les oiseaux. A l’inverse, l’aile s’est allongée en moyenne de 1,3%, probablement pour compenser le surcoût métabolique du vol: plus petits, les individus dépensent plus d’énergie pour migrer.

Une réponse au réchauffement jusqu’alors méconnue

Certes, ces variations sont indiscernables à l’œil nu, équivalant à seulement quelques millimètres pour l’aile. Elles n’en sont pas moins statistiquement significatives, et étroitement liées à la température: au-delà d’une tendance à long terme, les chercheurs montrent des variations corrélées aux changements thermiques à court terme, démontrant la plasticité du développement chez les oisillons.

Jusqu’alors, les principales réponses observées au changement climatique consistaient en des changements d’aire de répartition (en direction des pôles, plus en altitude) ou de phénologie (phénomènes périodiques qui suivent le fil des saisons).

«S’il s’avérait que la taille et la forme changeaient en fonction de la température, il s’agirait de comprendre comme ces modifications interagissent avec ces réponses macroécologiques [aire de répartition, phénologie], ce qui constituerait une nouvelle dimension importante dans l’étude des réponses au réchauffement», concluent les chercheurs.



[i] Éléphants, girafes ou okapis sont une illustration parfaite de ce théorème. Certaines baleines (jubartes) mettent bas au chaud et vont se goinfrer dans les eaux froides.

 



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