Avec El Niño, des flambées infectieuses à travers le globe

Le 01 mars 2019 par Romain Loury
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El Nino, une anomalie de température dans le Pacifique
El Nino, une anomalie de température dans le Pacifique
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Le phénomène El Niño est bien à l’origine d’épidémies de maladies sur plusieurs continents, confirme une étude américaine publiée dans la revue Scientific Reports.

Liée à un réchauffement de la surface océanique dans le Pacifique tropical centre-est, le phénomène El Niño, qui revient tous les 2 à 7 ans, a d’importantes conséquences climatiques sur la planète, engendrant hausse ou baisse des précipitations selon l’endroit. Outre d’importants dégâts agricoles, El Niño a aussi un impact non négligeable sur la santé humaine.

Fin 2018, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévoyait la survenue prochaine d’un épisode El Niño de faible intensité pour le début de l’année, avec un risque de 75% à 80% avant février. Elle a depuis revu ses prédictions à la baisse: selon son bulletin de février, les températures de surface laissent plutôt présager un risque de 50% à 60% entre mars et mai.

Dans une étude, la plus large jamais menée sur ce sujet, des chercheurs de la NASA[i], des départements américains à l’agriculture (USDA) et à la défense (DOD), ont analysé le dernier épisode El Niño en date, celui de 2015-16, parmi les trois plus importants survenus depuis 1950. Leurs résultats confirment la survenue de plusieurs flambées infectieuses sur divers continents -une situation qui n'est pas sans évoquer celle à attendre du réchauffement climatique, qui devrait favoriser la survenue de nombreuses maladies infectieuses.

Peste et hantavirus aux Etats-Unis

Parmi eux, l’Amérique du Nord: dans le sud-ouest des Etats-Unis, une hausse des précipitations, alliée à un radoucissement des températures, a entraîné une hausse du nombre de cas de peste et d’infection par hantavirus, deux maladies mortelles si elles ne sont pas rapidement traitées, et qui se contractent par des piqûres de puces ayant préalablement infesté des rongeurs.

Sur la période 2002-2017, la peste a connu son maximum en 2015 (16 cas dont 4 mortels, contre 10 en 2014 et 4 en 2013), l’infection par hantavirus en 2016, les Etats les plus touchés étant le Colorado et le Nouveau-Mexique. Selon les chercheurs, les conditions climatiques ont favorisé la croissance végétale, offrant plus de nourriture aux rongeurs, qui ont ainsi proliféré.

Choléra en Afrique, dengue au Brésil

En Afrique, le choléra, maladie bactérienne qui se contracte par l’eau, a enregistré un pic en Tanzanie: sur la période 2000-17, 2015 et 2016 ont respectivement été les deuxième et troisième années pendant lesquelles la maladie a fait le plus de ravages.

Quant à la dengue, elle a aussi connu un fort rebond, aussi bien au Brésil qu’en Asie du sud-est. Pourtant, ces deux régions endurent, lors d’un épisode El Niño, non pas une hausse de précipitations, mais au contraire une sécheresse. Selon les chercheurs, les moustiques se relocalisent alors vers les bassins de stockage, proches des habitations.

Un risque accru jusqu’à 28%

Selon les chercheurs, les régions affectées par El Niño pourraient ainsi voir le taux de ces maladies croître entre 2,5% et 28% par rapport aux années normales.

Les données suggèrent par ailleurs un lien entre l’El Niño de 2015-16 et une hausse des cas de fièvre du Nil occidental en Californie, de la tularémie (liée à des piqûres de tiques) au Wyoming et au Colorado, mais aussi du chikungunya et de la fièvre Zika en Amérique du Sud et dans les Caraïbes, ainsi que du paludisme au Soudan, au Kenya et en Ouganda.

 


[i] National Aeronautics and Space Administration

 



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