Avatar, cette fois ce n’est plus du cinéma

Le 25 août 2010 par Célia Fontaine
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Photo Survival International
Photo Survival International

Vedanta n’ouvrira pas de mine de bauxite dans la région d’Orissa, dans l’est de l’Inde. Après 8 années de combat, les tribus indigènes, soutenues par diverses ONG, célèbrent cette victoire inespérée. Leurs collines sacrées sont sauvées, pour l’instant.

Le ministre indien de l’environnement et des forêts, Jairam Ramesh, a annoncé le 24 août qu’il n’accorderait pas l’autorisation demandée par la société britannique Vedanta, deuxième plus grand producteur d'aluminium en Inde, pour exploiter une mine de bauxite à ciel ouvert.

Les travaux miniers, d’un investissement de 2,7 milliards de dollars, devaient servir à alimenter une raffinerie d'aluminium à Lanjigarh, située au pied des collines de Niyamgiri. Le gouvernement a également suspendu la procédure visant à autoriser la multiplication par 6 des capacités de cette raffinerie gérée par une filiale de Vedanta.

La position du ministre a été saluée par les ONG écologistes : « Pour la première fois, quelqu’un prend son métier de ministre de l’environnement au sérieux », se réjouit Divya Raghunandan, directrice de campagne Inde chez Greenpeace.

Ce refus se fonde sur un rapport du 16 août rédigé par un comité d’experts du gouvernement, le comité indien sur les forêts (FAC). Le document accuse le géant minier d’avoir violé plusieurs lois environnementales, notamment la loi sur les droits de la forêt (Forest Rights Act). Vedanta aurait occupé illégalement 26.123 hectares de territoire forestier. Contrairement à ce que prétend la société, aucune autorisation n’avait été donnée pour occuper ce terrain. Est également mis en cause l’Etat d’Orissa, pour avoir fermé les yeux sur les agissements du géant minier. Les autorités locales espéraient bénéficier de retombées économiques positives (nouveaux emplois, soins médicaux et éducation) grâce au projet, elles n’ont donc pas hésité à fournir de « faux certificats », tout en s'engageant à fournir de la bauxite à Vedanta.

Le comité d’experts a également mis en avant la situation du massif de Niyamgiri qui sert de corridor écologique entre les différentes forêts de la région, permettant ainsi aux espèces comme les tigres et les éléphants de se déplacer. Le document précise que « la construction de routes traversant le site faciliterait l’accès aux braconniers de faune sauvage et aux trafiquants de bois, ce qui menacerait la riche biodiversité des collines concernées ». En outre, les travaux miniers bouleverseraient le cours des rivières, et donc les réserves en eau de la région, mettant en péril la survie des populations autochtones.

En effet, le projet empiétait sur une zone habitée par des tribus locales : les Dongria (ou Dongaria) Kondh, les Kutia et les Dalits. « Les collines du Niyamgiri sont le territoire de plus de 8.000 Dongria Kondh, dont le mode de vie et la religion ont contribué à préserver les denses forêts de la région ainsi qu’une faune et une flore exceptionnellement riches », explique l’ONG Survival International, mouvement pour les peuples indigènes. Les Dongria considèrent les collines convoitées par le géant minier comme sacrées, car elles abritent leur dieu Niyam Raja, qui veille sur les récoltes.

Très mobilisée, l’association Survival n’a pas hésité à attirer l’attention du grand public sur cette affaire, en comparant les tribus menacées aux personnages bleus du film « Avatar » de James Cameron.

Le projet est donc abandonné pour l’instant, mais les négociations pourraient reprendre si la compagnie minière se décidait à respecter les lois forestières et si les communautés concernées cessaient de s’y opposer. « Les entreprises et le gouvernement de l’Orissa doivent désormais certifier qu’ils ne tenteront pas simplement de transférer ce projet vers un autre site sans apporter les garanties nécessaires. Ils doivent s’engager à respecter les droits humains des communautés indigènes et locales, quel que soit l’endroit où les entreprises s’implantent », a déclaré Madhu Malhotra, directeur adjoint du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International. Les autorités gouvernementales sont invitées à mettre au point une procédure claire et transparente, « afin d’obtenir au préalable le consentement libre et éclairé des communautés indigènes susceptibles d’être touchées par ces projets et de respecter leur décision, conformément au droit national et international ».

La voie semble donc ouverte aux victoires des peuples minoritaires et de leur environnement contre les industries extractives. La tribu des Palawan aux Philippines, également menacée par un projet de Macro Asia sur des zones très protégées de la forêt, s’est réjouie d’une première étape le 18 août, quand une commission du gouvernement local a refusé de donner le feu vert à une exploitation minière sur son territoire traditionnel. Les populations autochtones menacées d’Amérique du Sud connaîtront-elles le même destin ?



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