Aux petits soins pour la Grande Bleue

Le 09 juillet 2012 par Geneviève De Lacour
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A l'embouchure du Grand Rhône
A l'embouchure du Grand Rhône

La Méditerranée en bon état écologique en 2020? C'est l'ambition de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée et Corse (RMC) et de la direction interrégionale de la mer Méditerranée (DIRM) qui présentait le 6 juillet dernier son plan d’action pour les 6 prochaines années.

«La qualité écologique de la mer, c'est une nouvelle conquête. Notre travail, c'est de la faire sortir des laboratoires de recherche pour l'introduire dans les modes de gestion. On ne fait pas le bonheur de la Méditerranée sans les Méditerranéens», souligne Martin Guespereau, directeur de l'Agence de l'eau RMC.

L’agence vient d'annoncer son 10e programme d'intervention (2013-2018) en faveur de la Méditerranée occidentale. Et son budget, de 600 millions d'euros, marque une hausse d’environ  25% par rapport aux précédents.

«On engagera désormais 100 M€ par an pour préserver la mer, c'est une manne financière gigantesque», relève le directeur de l’agence. Ce plan d'action a été mis en place avec la DIRM, pour répondre à la directive-cadre européenne de juin 2008, qui prévoit un retour au bon état écologique du milieu marin méditerranéen au plus tard en 2020.

La première tâche a été de définir ce bon état -qualité de l'eau, analyse des chaînes alimentaires, préservation des fonds et de l'habitat sous-marins– après avoir réalisé un point zéro destiné à connaître la situation actuelle.

«10% des ‘petits fonds’ [jusqu'à 20 mètres, ndlr], où poussent encore des herbiers, sont aujourd'hui détruits», cite en exemple Martin Guespereau, les littoraux des Bouches-du-Rhône et des Alpes-Maritimes étant les plus touchés. Certains usages de la mer sont en cause, de l'ancre de plaisance qui arrache les herbiers de Posidonie, riches en biodiversité, au chalutage de fond.

La première des préoccupations concerne cependant les flux de polluants, dont 80% sont d'origine terrestre, pointe Pierre-Yves Andrieu, directeur de la DIRM. La stratégie de réduction de ces polluants absorbera donc 75% du budget du plan d'action.

Une cartographie de la façade littorale méditerranéenne allant de Perpignan à Nice, établie en juin 2012, montre les apports importants du Rhône en PCB, dont des traces ont pu être retrouvées dans la chair de merlus du golfe du Lion, ou les nombreux contaminants chimiques relevés dans les rades de Marseille et de Toulon, comme les dioxines, le plomb ou le tributylétain (TBT), autrefois utilisé pour le traitement des coques des navires. Ces contaminants chimiques proviennent de grosses agglomérations (Marseille, Toulon, Nice...), mais aussi des complexes industriels et portuaires (golfe de Fos, Port la Nouvelle...) ainsi que du Rhône et des cours d’eau côtiers. Ces derniers étant responsables de 88% des apports de polluants (cadmium, mercure, cuivre...).

Selon l'Agence de l'eau, certains indicateurs de qualité sont pourtant encourageants. L’amélioration des stations d'épuration sur le littoral a permis un recul de la pollution de l'eau par les phosphates et, semble-t-il, une augmentation de thons rouges.

Mais d'autres indicateurs restent mauvais, comme les nitrates ou les espèces invasives (poissons, algues, crustacés, mollusques, etc.) -on en compte 31 sur les 328 recensées en Méditerranée. La plus connue, la Caulerpa taxifolia rejetée par l’aquarium de Monaco en 1984, a connu une prolifération explosive avant de donner des signes de faiblesse depuis 2004, sans explications. Des espèces invasives qui arrivent avec les eaux de ballast des navires ou lors du transfert de produits d'aquaculture. Sans parler des dégazages.

Un gros effort reste aussi à réaliser en matière d'assainissement, pour les eaux pluviales: trop de stations d'épuration débordent encore à chaque orage, à l'instar de celle de la vallée de l'Huveaune à Marseille, qui provoque régulièrement des fermetures de plage.

La préservation des habitats marins, qui pâtit des terrains gagnés sur la mer par la bétonisation du littoral, est également une priorité du plan. A 30 mètres de profondeur au large des plages du Prado à Marseille, l'immersion de 30.000 mètres cubes de récif artificiel, le plus grand d'Europe, l'été 2008, a favorisé une augmentation de 30% de la biodiversité locale.

 



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