Aux Etats-Unis, un énième projet de LGV sur les rails

Le 24 février 2020 par Victor Miget
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Au Texas, la construction de la LGV débutera une fois que la Texas Central aura reçu les approbations de la Federal Railroad Administration.
Au Texas, la construction de la LGV débutera une fois que la Texas Central aura reçu les approbations de la Federal Railroad Administration.

La première LGV américaine pourrait voir le jour au Texas a annoncé jeudi 20 février l’exploitant espagnol Renfe. Une nouvelle qui mérite confirmation. Explications. 

 

Tellement en retard qu’on ne l’attendait plus ! Une ligne grande vitesse (LGV) pourrait finalement voir le jour au Etats-Unis. Jeudi, la société espagnole Renfe a annoncé, dans un communiqué de presse, avoir conclu un accord à hauteur de 6 milliards de dollars (5,5 Mds d'euros) avec la société Texas Central.

Une manne financière gigantesque

La LGV de 386 km reliera Houston à Dallas (Texas) en 90 minutes. Elle sera exploitée par l’espagnol et Texas Central jusqu'en 2042. Renfe aura à sa charge la maintenance et l'exploitation des trains entre les deux métropoles. C’est une firme italienne Salini, Impreglio, qui construira l’infrastructure à vitesse accélérée: six ans. Les trains seront d’origine japonaise. Texas Central a opté pour des Shinkansen, un TGV dont les premières rames ont été mises en service il y a 50 ans. La construction débutera une fois que la Texas Central aura reçu les approbations de la Federal Railroad Administration. 

Les potentielles retombées financière sont alléchantes. 36 milliards de dollars pour l’état fédéré sur les 25 prochaines années. Mais c’est aussi la promesse de la création de 10.000 emplois chaque année lors de la phase de construction et de 1.500 emplois permanents. Un arrêt intermédiaire est prévu à Brazoz Valley entre les deux métropoles texanes. Les gares seront reliées au réseau autoroutier et aux transports en commun. Et pays du tout voiture oblige, elles disposeront d’importants parkings.

LGV avortée

Galvanisés, les deux partenaires évoquent déjà une extension de la ligne vers Austin et San Antonio (Texas). Un enthousiasme à temporiser, car au pays de l’oncle Sam, les pétards mouillés ne manquent pas. Surtout lorsqu’il est question de LGV.

L’un des exemples les plus célèbres est la signature, en 1991, d’un contrat pour la construction et l’exploitation d’une ligne à grande vitesse reliant Houston à Dallas en 1 h 30. A l’époque, c’est le consortium franco-américano-canadien Texas TGV qui l’emporta. Le projet tomba à l’eau au bout de trois ans, faute de financements.

Il y a bien des trains rapides qui relient  Washington à Boston, via Philadelphie et New York. Mais les infrastructures ferroviaires sont incapables d’y faire rouler un train à très grande vitesse. Les rames circulent à 240 km/h maximum, sur seulement… 55 kilomètres. Compter huit heures pour relier Washington à Boston (environ 700 km) !

C’est sur la côte Ouest que le projet le plus ambitieux aurait pu voir le jour sur 830 km. La Californie a longtemps voulu construire une ligne de TGV entre Los Angeles et San Francisco. Mais le gouverneur démocrate, Gavin Newsom, a abandonné le projet, pourtant partiellement financé, début 2019. Il a Justifié sa décision par le coût exorbitant de l’opération, soit 77 Mds dollars (71Mds d’euros) et des délais à rallonge. Initialement prévue pour 2029, la ligne devait être achevée en 2033. Seule une portion a été terminée dans la région agricole de Central Valley, entre Merced et Bakersfield (260 km).

Des obstacles à n’en plus finir

Au lendemain de l’abandon du projet californien, l’AFP rapportait les propos d’Andy Kunz, président de l'US High Speed Rail Association, un lobby en faveur des lignes à grande vitesse: «le Congrès est pollué par des intérêts financiers particuliers - en majorité émanant des secteurs pétroliers, de l'aviation et de l'automobile - qui s'efforcent depuis des années d'empêcher tout investissement dans le rail». Passée l’invective, aux Etats-Unis, la société est effectivement encore largement tournée vers l’avion pour les longues distances et la voiture (à 0,67 euros le litre, l’essence est presque trois fois moins cher qu’en France).

Autre explication : aux Etats-Unis, on ne plaisante pas avec les droits individuels. «Il est extrêmement difficile pour les gouvernements de contraindre les particuliers à vendre leurs terres», expliquait à l’AFP Jacob Kirkegaard, expert au Peterson Institute for International Economics. Les grands projets d'infrastructures s'exposent donc potentiellement à de longues et coûteuses procédures judiciaires qui achèveront de dissuader les plus ardents défenseurs du rail.