Aux Etats-Unis, les insecticides peuvent remercier les semenciers

Le 02 avril 2015 par Romain Loury
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L'usage des néonicotinoïdes aux Etats-Unis
L'usage des néonicotinoïdes aux Etats-Unis
Penn State University

Contrairement à ce qu’affirmaient de récents travaux, la consommation agricole d’insecticides s’est envolée au cours des années 2000 aux Etats-Unis, révèle une étude publiée dans la revue Environmental Science & Technology. En cause, l’usage des graines enrobées aux néonicotinoïdes, longtemps ignoré des statistiques gouvernementales.

En 2013, une étude basée sur des données du département américain de l’agriculture (USDA) concluait à une baisse de l’usage des insecticides, du fait de la montée en puissance des OGM résistants aux nuisibles. Une affirmation qui semble aujourd’hui plus qu’optimiste.

En cause, le fait que la base de données de l’USDA ne recense pas les pesticides appliqués aux graines. Un peu plus tard en 2013, l’US Geological Survey (USGS) a publié ses premières données d’usage des pesticides, qui, si elles ne détaillent pas la part des substances appliquées à la plante ou à la graine, confirmaient bien une hausse du recours aux pesticides.

Afin de mieux connaitre la part des graines enrobées, Margaret Douglas et John Tooker, entomologistes à la Pennsylvania State University, ont croisé les deux bases de données, les complétant avec des données de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) et de l’entreprise Pioneer. Premier constat : les néonicotinoïdes ont connu un envol sans précédent après 2003, suite à l’arrivée sur le marché des graines enrobées.

Près de 80% du maïs

En 2000, seuls 30% des champs de maïs et 5% de ceux de soja étaient traités avec un insecticide, néonicotinoïde ou non. En 2011, au moins 79% des champs de maïs, et au moins 34% de ceux de soja, avaient été semés avec des graines enrobées de néonicotinoïdes! Maïs, soja et coton confondus, ce sont 42 millions d’hectares qui seraient cultivés avec des graines enrobées aux Etats-Unis, une surface équivalant à celle de la Californie.

«L’adoption des néonicotinoïdes par les compagnies semencières et par les agriculteurs a été très rapide, et semble sans aucun rapport avec le risqué réel pose par les insectes», commente John Tooker. «Ceci suggère que ces insecticides sont le plus souvent utilisés en tant que ‘police d’assurance’ contre des attaques d’insectes incertaines, plutôt qu’en réponse à une menace documentée», ajoute le chercheur, selon qui il est désormais difficile de dénicher des graines non traitées.

En rien lié à un quelconque besoin agricole, ce phénomène commercial pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’environnement, la plupart déjà largement observées: résistance des insectes ciblés, attaques de pathogènes non ciblés, effets négatifs sur la santé humaine et la faune sauvage. En premier lieu les pollinisateurs, sur lesquels l’effet des néonicotinoïdes est désormais bien établi.

Après un moratoire européen de 2 ans sur certaines substances et usages, l’Assemblée s’est prononcé, mi-mars, pour l’interdiction des néonicotinoïdes à partir de 2016. Intégrée au projet de loi sur la biodiversité, la mesure doit encore passer à l’épreuve du Sénat, dont nul ne sait si elle en réchappera.



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