Aux Etats-Unis, le talc en procès

Le 04 mai 2016 par Romain Loury
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Procès coûteux pour J&J
Procès coûteux pour J&J

L’entreprise Johnson & Johnson a été condamnée lundi 2 mai, par le tribunal de Saint Louis (Missouri), à verser 55 millions de dollars à une patiente atteinte d’un cancer ovarien, après que celle-ci a utilisé son talc pour sa toilette intime durant des décennies. Pour le laboratoire pharmaceutique, ce n’est qu’un début: plus de 1.200 autres plaignantes sont sur les rangs.

En février, Johnson & Johnson avait déjà été condamné par le même tribunal à payer 72 millions de dollars à la famille d’une femme décédée en 2015 d’un cancer ovarien. Le jugement rendu lundi constitue donc la deuxième affaire perdue par l’entreprise, reconnue coupable de négligence et de manque d’information quant aux effets potentiels du talc en application vaginale. Le jury a en revanche rejeté les accusations de mensonge délibéré de la part de l’entreprise.

L’affaire jugée lundi était moins évidente que celle de février: contrairement à celle-ci, la plaignante, Gloria Ristesund (62 ans), est encore en vie, souffre d’obésité et d’endométriose –deux facteurs de risque de cancer ovarien. De plus, son cancer, diagnostiqué en 2011 au stade 1 (le plus précoce), n’a pas récidivé, après hystérectomie -ablation de l’utérus, des ovaires et des trompes de Fallope.

En octobre 2013, une autre affaire jugée dans le Dakota du Sud avait abouti à un jugement mitigé: le jury avait estimé que Johnson & Johnson aurait dû expressément indiquer les risques potentiels de son produit, mais avait jugé que le cancer de la plaignante, toujours en vie, ne pouvait être imputé à l’emploi du produit.

Deux produits sont particulièrement visés par ces plaintes, au nombre de plus de 1.200, à savoir «Baby Powder» et le «Shower to shower». Si ces produits ne sont pas ouvertement présentés comme pouvant être utilisés pour la toilette vaginale, de nombreuses femmes l’utilisent ainsi. Sans que Johnson & Johnson fasse grand-chose pour les en empêcher, clament les plaignantes.

Cancérogène possible pour le Circ

Certes, le lien entre l’application vaginale de talc et le cancer de l’ovaire n’est pas entièrement avéré, avec des études, aussi bien chez l’animal que chez l’homme, suggérant un risque accru, d’autres non. Les premiers éléments remontent à 1971, avec une étude britannique révélant la présence de particules de talc enfouies dans des tumeurs ovariennes.

D’autres travaux ont par la suite suggéré un risque accru d’environ 35% chez les femmes utilisant ce produit de cette manière. Mais deux études américaines récentes, l’une de 2009 menée sur la cohorte Nurses’ Health Study, l’autre de 2014 sur la Women’s Health Initiative, n’ont révélé aucun surrisque.

Autorité mondiale incontournable en matière de cancer, la société savante American Cancer Society (ACS) se montre elle-même hésitante, rappelant que « la recherche se poursuit sur le sujet». Du côté des organismes institutionnels, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ, branche cancer de l’Organisation mondiale de la santé) est l’un des rares à avoir une position officielle.

Selon le Circ, le talc, en matière de cancer ovarien après un usage génital, constitue un «cancérogène possible», ce qui le range dans le groupe 2B. En revanche, le talc contenant de l’amiante, banni du commerce depuis les années 1970, est un cancérogène avéré, du groupe 1 défini par le Circ.



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