Aux Etats-Unis, la RGGI a fait baisser la mortalité infantile

Le 03 avril 2019 par Romain Loury
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Moins de charbon, moins de mortalité infantile
Moins de charbon, moins de mortalité infantile

Menée dans neuf Etats américains, la Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI), marché du carbone nord-américain lancé en 2009, a entraîné de nets bénéfices sanitaires, révèle une étude publiée dans le British Medical Journal (BMJ) Open. Depuis son lancement, elle a entraîné une baisse significative du taux de mortalité infantile, en raison d’une moindre pollution de l’air.

Premier marché de carbone nord-américain, la RGGI porte sur les centrales électriques de neuf Etats du nord-est des Etats-Unis[i]. Fonctionnant selon un système de quotas, il repose sur un plafond d’émissions abaissé de manière progressive, de 188 à 91 millions de tonnes de CO2 par an entre 2009 et 2014, puis de -2,5% par an depuis.

Côté émissions, le résultat a été largement atteint. Ce succès est à mettre au crédit du RGGI, mais peut aussi largement s’expliquer par la chute des prix du gaz non-conventionnel (gaz de schiste), qui a condamné de nombreuses centrales à charbon, les plus émettrices de CO2.

Les Etats RGGI comparés aux non-RGGI

Dans une étude publiée dans BMJ Open, Jaeseok Lee, de l’Energy Institute de Séoul (Corée du Sud), et Taehwan Park, du St Louis College of Pharmacy (Missouri), suggèrent par ailleurs que la RGGI aurait, probablement du fait d’une moindre pollution de l’air, entraîné des améliorations sanitaires, notamment sur la mortalité des enfants de moins d’un an.

Pour montrer cela, les chercheurs ont analysé les taux des Etats participant au RGGI à ceux d’autres Etats américains, les ajustant en fonction de nombreuses données socio-démographiques (revenu médian des ménages, produit intérieur brut de l’Etat, nombre de naissances par couple, etc.), afin d’isoler au mieux l’effet propre de la RGGI.

Un triplement de l’écart grâce à la RGGI

Avant son lancement en 2009, le taux de mortalité néonatale (enfants de moins d’un mois) avait diminué de 0,38 cas pour 1.000 enfants par an sur la période 2003-2008 dans les Etats y participant –contre 0,23 cas pour 1.000 enfants par an dans les autres Etats. Or une fois la RGGI mise en place, la baisse de mortalité infantile s’est accélérée dans les neuf Etats concernés (-0,59 cas pour 1.000 enfants par an sur la période 2009-2014), alors qu’elle a ralenti dans les autres (-0,13 cas pour 1.000 enfants par an).

L’écart entre Etats ayant mis en place la RGGI et les autres s’est donc creusé, passant d’une différence de 0,15 cas pour 1.000 enfants par an sur la période 2003-2008 à 0,46 cas pour 1.000 enfants par an sur la période 2009-2014, soit un triplement de l’écart. Les chercheurs ont mis en évidence une tendance similaire pour la mortalité infantile, celle des enfants de moins d’un an.

Un lien douteux avec le CO2

De manière plus critiquable, les chercheurs font même état d’une corrélation entre la baisse de mortalité et la teneur atmosphérique en CO2, assimilant ce gaz à effet de serre à un «polluant de l’air». Oubliant au passage que le CO2 importe beaucoup plus par ses propriétés climatiques que sanitaires, les chercheurs ne mentionnent à aucun moment les polluants tels que les particules fines, plus probablement liées à l’effet observé.

Les résultats montrent par ailleurs que les bénéfices sanitaires de la RGGI se restreignent aux garçons, ce que les chercheurs expliquent par une plus grande vulnérabilité des nouveau-nés et nourrissons masculins face aux maladies.

Autre spécialité américaine, la culture de maïs, dont des chercheurs américains ont chiffré l’impact sur la pollution de l’air et le climat. Selon ces résultats publiés dans Nature Sustainability, les particules fines de type PM2,5 (carburants, poussière, ammoniac lié aux engrais, etc.) entraîneraient chaque année 4.300 décès aux Etats-Unis. Le coût sanitaire serait de 121 dollars par tonne de maïs, soit 62% du prix moyen de vente du maïs (195 dollars par tonne)! Quant aux effets climatiques, ils s’élèvent à 15 dollars par tonne de maïs.


[i] Ces neuf Etats sont le Connecticut, le Maryland, le Delaware, l’Etat de New York, le Vermont, Rhode Island, le Massachusetts, le New Hampshire et le Maine. Un dixième Etat, le New Jersey, s’en est retiré en 2011.

 



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