Aux Etats-Unis, haro sur le nano-argent

Le 07 janvier 2015 par Romain Loury
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Le nano-argent passe entre les mailles
Le nano-argent passe entre les mailles

Plusieurs associations américaines de défense des consommateurs ont intenté fin décembre une procédure judiciaire contre l’agence de protection de l’environnement des Etats-Unis (EPA), qui peine à réguler la présence de nano-argent dans les produits de consommation.

 

Au centre de l’affaire, une pétition adressée début 2008 par 14 associations, dont le Center for Food Safety, demandant à l’EPA de réguler la présence de nano-argent dans les produits de consommation. Utilisé comme antibactérien, ce nanomatériau devrait en effet être soumis au Federal Insecticide, Fungicide and Rodenticide Act (Fifra): avant d’être commercialisé, tout produit en contenant devrait être évalué par l’EPA.

Or c’est très loin d’être le cas, déploraient les associations. Car si l’agence reconnaît le nano-argent comme une substance pesticide selon le Fifra, le produit n’est toujours pas enregistré comme tel, et aucun produit en contenant n’a jamais été évalué en ce sens.

A ce jour, les associations en dénombrent environ 400 produits sur le marché américain, aussi bien des produits d’hygiène, d’entretien et des textiles que des jouets, des produits électroménagers, des brosses à dents et des claviers d’ordinateur. Il ne s’agirait que de la partie émergée de l’iceberg: l’étiquetage des nanomatériaux étant facultatif, le nombre réel de produits concernés demeure inconnu.

Craintes pour la santé et l’environnement

Or comme de nombreux nanomatériaux, il règne le plus grand flou sur la sécurité du nano-argent. Aussi bien du point de vue environnemental que de la santé humaine: selon plusieurs études in vitro, le composé serait toxique pour plusieurs types de cellules, notamment celles du foie et du cerveau. Un risque reconnu par l’EPA, mais face auquel elle peine manifestement à agir.

C’est d’ailleurs le sens de la procédure judiciaire lancée fin décembre par six associations à l’origine de la pétition de 2008. Car près de 7 ans plus tard, celle-ci n’a toujours pas reçu de réponse de l’EPA. Celle-ci a certes agi contre le nano-agent, mais uniquement «au coup par coup», expliquent les plaignants: en mars 2014, une compagnie du New Jersey s’est ainsi vu enjoindre de ne plus vendre ses emballages alimentaires à base de nano-argent, vantés pour leurs propriétés bactéricides.

En août dernier, une autre entreprise, californienne celle-ci, s’est vue condamner par l’EPA à 200.000 dollars pour la même raison, cette fois-ci pour des semelles des chaussures. Dans les deux cas, le seul tort des entreprises a été de préciser l’emploi du nano-argent.

Quant aux compagnies qui s’en abstiennent, elles ne courent aucun risque. Certaines d’entre elles ont même retiré la mention «bactéricide», sans changer la composition de leurs produits, dénoncent les associations.

500 tonnes produites en 2008

«Il est malheureux qu’il faille une procédure judiciaire pour obliger l’EPA  à assumer ses responsabilités de régulation du nano-argent», explique Jay Feldman, directeur de l’une des associations plaignantes, Beyond Pesticides. «Comme tout pesticide, le nano-argent doit être soumis à la loi, ainsi qu’à des obligations d’étiquetage pour protéger la santé publique et l’environnement», ajoute-t-il.

Selon les derniers chiffres disponibles, la production mondiale de nano-argent en 2008 était de 500 tonnes. Selon le bilan 2014 du registre français R-nano, seuls 0,1 à 10 kg de ce produit ont été déclarés en France cette année-là, qu’ils y aient été produits ou importés.

Pour l’association Avicenn, spécialisée dans la veille sur les nanotechnologies, «ce chiffre ridicule confirme et illustre les limites de R-Nano, qui ne contient aucune donnée sur les nanomatériaux qui ne sont pas importés en tant que tels: [ceux] déjà intégrés aux produits (électroménagers, textiles, objets de puériculture, etc.) à l'étranger avant d'arriver en France ne sont pas soumis à déclaration!».



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