Aux Antilles, EDF enterre la géothermie

Le 18 avril 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le groupe dirigé par Henri Proglio n'a pas la vocation d'investir dans la géothermie.
Le groupe dirigé par Henri Proglio n'a pas la vocation d'investir dans la géothermie.

Coincée entre la Guadeloupe et la Martinique, la Dominique est une petite île volcanique des Caraïbes.

Sa géologie particulière est favorable à l’exploitation de la géothermie profonde pour produire de l’électricité. Depuis 2005, les autorités locales, aidées par des institutions françaises (AFD, Ademe, BRGM) et EDF tentent d’y monter un projet de centrale à géothermie profonde, à proximité de la vallée de la désolation, zone désertique car parcourue de sources d’eau chaude et sulfureuse.

Entre 2011 et 2012, le BRGM et sa filiale CFG Services réalisent trois forages d’exploration et caractérisent le champ géothermique de Wotten Waven. Un site particulièrement intéressant puisque susceptible d’alimenter une centrale d’une centaine de mégawatts électriques: 5 fois la consommation d’électricité locale. D’où l’idée d’exporter 80% de la production d’électricité à la Guadeloupe et à la Martinique, via des câbles sous-marins.

Le projet de centrale dominicain est conçu en deux temps. D’abord, la réalisation d’une installation de 15 à 20 MWe pour tester la technologie et la réponse du champ géothermique. Coût: une trentaine de millions d’euros. Ensuite, une centrale de 120 MWe doit prendre le relais et assurer les exportations d’électrons. Montant de la facture: 500 à 600 M€, pose des câbles comprise.

Pour les deux îles françaises, l’opération est inespérée. Incapables de maîtriser la hausse des consommations (+4% par an), Martinique et Guadeloupe dépendent essentiellement des groupes diesel d’EDF PEI; lesquels produisent un courant à un coût exorbitant. Avec un apport de 50 MW chacune, les deux principales îles de la Caraïbe française se voit ainsi offrir une marge de sécurité, à moindre prix. «Ce projet qui vise à fournir 50 MW à la Guadeloupe et 50 MW à la Martinique, réduisant ainsi leur dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et par là même faisant réaliser des économies de près de 100 M€ par an à la CSPE, permettrait en outre de rendre notre voisin dominiquais entièrement fourni en électricité verte», résume Serge Letchimy, président du conseil régional de Martinique.

Monté en 2008, le projet rassemble finalement EDF, l'AFD, les régions Martinique et Guadeloupe, la Dominique et des investisseurs privés. Suite aux discussions menées avec le gouvernement dominicain, le groupe EDF accepte d’exploiter la petite centrale, tout en restant minoritaire dans son capital. L’AFD prévoit alors de mobiliser 8,5 M€ pour co-financer l’opération. En revanche, pour la grosse installation, le géant français veut être majoritaire et exploiter l’installation.

Hélas, après des mois d’hésitation, le groupe présidé par Henri Proglio jette l’éponge, il y a quelques jours. Lors du dernier comité d’investissement, l’énergéticien public décide finalement de ne participer à aucun des deux tours de table. Deux motifs sont avancés. Primo, la cherté du coût de production: 0,1€ le kilowattheure. Etonnant, si l’on se souvient qu’il est inférieur à celui du kWh produit par sa filiale en Guadeloupe et en Martinique. Secundo: «EDF n’a pas la vocation d’investir dans la géothermie». Encore plus étonnant en plein débat sur la transition énergétique.



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