Autolib’: une résiliation qui va coûter bonbon

Le 19 juin 2018 par Marine Jobert
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La mairie de Paris affirme pouvoir rapidement remplacer le système Autolib.
La mairie de Paris affirme pouvoir rapidement remplacer le système Autolib.
VLDT

Les voitures grises en autopartage devraient cesser de rouler dans les prochains jours en Ile-de-France, faute d’accord entre le syndicat détenteur de la délégation de service public et le groupe Bolloré. A la clé, une facture rondelette.

300 millions ou quelques dizaines de millions? Les zéros volent au-dessus de la tête des Franciliens, qui s’apprêtent à voir disparaître les Autolib’ du paysage. Car les élus du syndicat Autolib' Vélib' Métropole (SAVM) ont annoncé qu’ils voteraient ce 21 juin en faveur de la rupture du contrat qui les lie à Blue Solution, la société qui gère Autolib’. Une décision qui fait suite à un courrier daté du 25 mai, dans lequel le groupe Bolloré demandait au SAVM que lui soit versée la somme de 233 millions d’euros, au titre du déficit prévisionnel du service, à défaut de quoi une procédure de résiliation du contrat serait engagée dans un délai d’un mois, précise le syndicat.

Autolib’ en perte de vitesse

Les élus refusent «catégoriquement» de verser cette somme, «dont le montant apparaît excessif et dont les fondements semblent particulièrement contestables». Ils se refusent également à «maintenir à flot un service déficitaire et dont la qualité tend depuis plusieurs mois déjà à se dégrader, tant en matière de propreté et d’entretien qu’en matière de disponibilité des véhicules». Des dysfonctionnements qui expliquent sans doute en partie une désaffection régulière du service, observée depuis 2016.

Un syndicat passif

Marie Bolloré, la patronne de Blue Solution, accable le SAVM dans une interview au Parisien. «Nous avions alerté sur le déficit et l’urgence de prendre des mesures pour relancer le service et innover, affirme la fille de l’industriel breton. C’était fin décembre 2016, et la seule réponse qu’a eue le syndicat mixte, c’est de commander un audit.» Audit qui proposait des pistes d’amélioration, comme l’ouverture des voies de bus aux Autolib’, la fermeture des stations dans des endroits non rentables, dans les parkings souterrains parisiens et certaines en banlieue, la baisse de la redevance pour l’occupation des places, la prise en charge du coût du vandalisme… «Mais rien n’a été fait par le SAVM.»

254 salariés sur le carreau?

Combien cela va-t-il coûter au contribuable? Marie Bolloré affirme que cela reviendrait plus cher de rompre que de maintenir le service, puisque le déficit s’élève déjà à 210 M€, dont le groupe Bolloré s’est engagé à retrancher 60 M€. Auxquels s’ajouteraient les transferts de contrat (notamment des 254 personnes actuellement en contrat) et la valeur nette comptable des bornes de charge. La facture pourrait tourner autour de 300 M€. Un aspect que n’aborde pas le SAVM dans son dernier communiqué, qui préfère insister sur le fait qu’il veillera à ce que le service «ne s’arrête pas du jour au lendemain», ce qui dépendra «en grande partie du groupe Bolloré, dont j’espère qu’il fera preuve de responsabilité pour prévoir une transition acceptable vers de nouveaux services», insiste Catherine Baratti-Elbaz, présidente du syndicat Autolib’ Vélib’ Métropole.

Une opportunité?

Finie, la voiture partagée à Paris? Non, car «de nombreux constructeurs, loueurs et startups ont fait part ces derniers mois de leur intérêt à développer l’autopartage dans le Grand Paris». Et cette résiliation, veut croire le SVAM, finira bien par se muer en «opportunité pour mettre au service des usagers de nouvelles solutions qui répondront mieux à leurs attentes, en étant plus souples, plus performantes et plus évolutives».



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