Autisme: la menace pressante des polluants

Le 02 mai 2012 par Romain Loury
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Les PCB et les pesticides sont fortement suspectés
Les PCB et les pesticides sont fortement suspectés

Avec un quasi-doublement des cas d’autisme au cours de la décennie 2000, il est temps de mieux en identifier les causes environnementales, parmi lesquelles les pesticides et les PCB sont fortement suspectés, selon une série d’articles publiés dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP).

Dans leur article, Janie Shelton de l’University of California à Davis et ses collègues dressent un point des connaissances sur le lien entre pesticides et autisme, notamment des éventuels mécanismes physiologiques à l’œuvre: toxicité directe sur le cerveau fœtal, perturbation du métabolisme mitochondrial, altération du système immunitaire, baisse de production des hormones thyroïdiennes maternelles. Autant de pistes qu’ils appellent à mieux creuser.

Autre point d’incertitude, la contribution des facteurs génétiques, des facteurs environnementaux ou de leur interaction. En 2000, une étude de l’Académie nationale des sciences (NAS) estimait à 3% le poids des toxicités environnementales directes, à 25% celui d’interactions gène-environnement.

Ces chiffres pourraient être en-deçà de la réalité, selon une étude publiée en novembre 2011 par une équipe de l’université de Stanford (Californie). Conduits sur 192 paires de jumeaux, vrais ou faux, ces travaux estiment à 55% le poids de l’environnement dans l’autisme, à 37% celui de la génétique.

Qu’ils soient organochlorés, organophosphorés ou d’autre nature, les pesticides ne sont pas les seuls coupables, estiment trois spécialistes santé/environnement, dont la directrice du National Institute of Environmental Health Sciences (Niehs) Linda Birnbaum, dans un éditorial.

Dans une liste de 10 agents, contenant notamment les pesticides organochlorés et les organophosphorés, les auteurs citent également le plomb, le méthylmercure, les PCB, les perturbateurs endocriniens, la pollution liée aux gaz d’échappement, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les retardateurs de flamme bromés et les composés perfluorés.

«Il est inquiétant de noter qu’une grande partie des agents chimiques les plus utilisés n’ont pas subi la moindre évaluation de leur toxicité, et que d’éventuels effets précoces [au stade fœtal] n’ont été recherchés que pour 20% d’entre eux», concluent les auteurs.

Selon une autre étude américaine publiée dans EHP, le tabagisme maternel, pourtant délétère à bien des niveaux, ne semble pas lié à un risque accru d’autisme. Mais les chercheurs n’excluent pas une association avec des formes plus légères de la maladie, dont le risque était en hausse de 63% chez les enfants exposés in utero.

Selon des chiffres des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), l’autisme, qui touche 5 fois plus les garçons que les filles, affectait 1 enfant sur 88 en 2008, contre 1 sur 153 en 2000. Les méthodes de diagnostic se sont certes affinées, mais cela n’expliquerait qu’un tiers de la hausse observée.



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