Au Yellowstone, gros sabots contre truite invasive

Le 25 août 2016 par Romain Loury
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Pesticide contre espèces invasives
Pesticide contre espèces invasives

Empoisonner une rivière pour en éliminer une espèce invasive? Pour la deuxième année consécutive, le parc Yellowstone emploie l’artillerie lourde pour sauver sa truite fardée, ou du moins pour la débarrasser de sa cousine invasive, la truite mouchetée. Une stratégie controversée, et dont l’efficacité n’est pas garantie.

Pour éliminer un nid de guêpe, rien de tel qu’une bombe atomique: selon les autorités du Montana (le Montana Fish, Wildlife and Parks) et la direction du parc national Yellowstone, ce n’est qu’en frappant fort que l’on pourra sauver la truite fardée de Yellowstone (Oncorhynchus clarkii bouvieri), espèce emblématique des Rocheuses, fortement affaiblie par l’invasion de la truite mouchetée (Salvelinus fontinalis).

Après une première campagne durant l’été 2015, le «Soda  Butte Creek Project», du nom de la rivière traitée, a repris lundi 22 août, et devrait s’achever vendredi 26 août. Dans un premier temps, il s’agit de retirer le maximum de truites fardées de leur habitat par pêche électrique –les poissons sont attirés par le champ magnétique induit.

Une molécule qui bloque les branchies

Les biologistes rejettent ensuite dans le courant de la roténone, molécule issue de plantes tropicales, et longtemps utilisée comme insecticide agricole –notamment en Europe, où elle n’est plus autorisée depuis 2008 en raison de sa toxicité pour l’homme et l’environnement.

Chez le poisson, la roténone a la particularité de se coller aux branchies, bloquant leur fonctionnement et asphyxiant les poissons restés dans la rivière[i]. Une fois tous les poissons asphyxiés -en particulier les truites mouchetées-, les truites fardées capturées sont relâchées.

Au total, ce sont 45 kilomètres de la rivière Soda Butte Creek qui sont traités, aussi bien au nord qu’à l’intérieur du parc Yellowstone, jusqu’à 15 kilomètres en amont de sa jonction avec la rivière Lamar –elle-même un affluent de la rivière Yellowstone.

Doutes sur la spécificité

Selon le Montana Fish, Wildlife and Parks, «la roténone se dissipe rapidement sous l’action de la lumière solaire, et est rapidement absorbée par la matière organique présente dans l’eau. Les biologistes ajouteront du permanganate de potassium à la limite inférieure de la zone de traitement pour éliminer complètement la roténone et empêcher qu’elle n’ait d’impact en aval».

La stratégie est loin de faire l’unanimité. Notamment auprès du Center for Biological Diversity, qui s’est opposée (avec succès) à un projet similaire en Californie au début des années 2000. Selon l’association, ce produit piscicide ne serait pas spécifique des poissons, et serait toxique pour d’autres espèces, notamment les invertébrés aquatiques.

«A des concentrations extrêmement élevées, la roténone pourrait avoir des effets sur d’autres animaux que les poissons, admet le Montana Fish, Wildlife and Parks. Mais à celles utilisées à Soda Butte Creek, seules les espèces qui respirent avec des branchies seront touchées».

Une première campagne mitigée

Si les autorités en sont venues à de telles extrémités, c’est que l’électropêche «s’est avérée extrêmement chère et inefficace» pour éliminer la truite mouchetée. Pour l’instant, rien n’assure que la roténone soit plus efficace: s’il a été décidé de mener une deuxième campagne cet été, c’est parce que des truites mouchetées ont survécu à celle conduite à l’été 2015.

L’opération a été maintenue malgré l’hécatombe en cours chez les poissons de la rivière Yellowstone, victimes depuis début août d’un parasite hautement contagieux, le Tetracapsuloides bryosalmonae. Depuis vendredi 19 août, près de 300 km de rivière, sur la Yellowstone et une partie de ses affluents (en-dehors de la zone traitée par la roténone), ont été fermés aux activités humaines, dont la pêche, la baignade et la navigation.



[i] La roténone est traditionnellement utilisée lors des pêches à la nivrée, traditionnelles en Guyane (mais aussi en Afrique), au cours desquelles les pêcheurs empoisonnent un tronçon de rivière en y battant des lianes riches de cette substance.

 



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