Au Sud, des aires protégées sur le papier

Le 30 octobre 2019 par Romain Loury
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Plus d'atteintes dans les aires protégées qu'ailleurs
Plus d'atteintes dans les aires protégées qu'ailleurs

Dans les pays en développement, les aires protégées ne parviennent pas à réduire la pression humaine sur les milieux naturels, révèle une étude publiée lundi 28 octobre dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). Pire, la conversion agricole y est même plus rapide que dans les zones non protégées.

Avec environ 15% de la surface terrestre désormais protégée, le 11ème objectif d’Aichi, qui prévoit 17% d’aires protégées en 2020, est presque atteint. Victoire? Pas vraiment, si l’on en croit l’étude publiée par Jonas Geldmann, zoologiste à l’université de Cambridge (Royaume-Uni), et ses collègues: dans la pratique, la protection officiellement offerte par ces aires s’avère bien peu efficace.

Les chercheurs ont évalué l’indice THPI (Temporal Humain Pressure Index) de 12.315 aires protégées terrestres dans 152 pays. Cet indice tient compte de trois facteurs: surfaces cultivées, pollution lumineuse et croissance démographique. Premier constat, la pression humaine s’accroît sur l’ensemble des aires protégées, quel que soit le continent.

Une pression plus forte au Sud

Les scientifiques ont ensuite comparé ces aires protégées à des zones équivalentes non protégées. Pour les pays industrialisés (Europe, Amérique du Nord, Océanie), les aires protégées ont rempli leur tâche: la pression y est moindre qu’ailleurs. A l’exception des forêts, ce n’est pas le cas dans les pays en développement (Afrique, Asie, Amérique latine), bien au contraire.

Contre toute attente, la pression humaine s’y avère plus intense dans les aires protégées. Pas tant pour la pollution lumineuse et la pression démographique que pour l’agriculture: dans les prairies d’Afrique subsaharienne, la progression des terres agricoles est ainsi deux fois plus rapide dans les aires protégées. Idem en Asie du Sud-est (+8% par rapport aux zones non protégées) et en Amérique du Sud (+10%).

«Nos résultats ne permettent pas de définir les raisons de ce phénomène, mais nous soupçonnons qu’il soit lié à une forte croissance démographique, à un manque de financement [des aires protégées] et à un niveau élevé de corruption. De plus, la plupart des zones non protégées, propres à l’exploitation agricole, ont déjà été mises en culture», explique Jonas Geldmann.

Une gestion inefficace

«Voilà le résultat d’aires protégées établies sur du papier, sans gestion ou financement adéquats, sans prise en compte des populations autochtones», ajoute-t-il. Selon le chercheur, le statut de protection pourrait avoir pour effet de réduire les droits des autochtones, ouvrant la porte à la surexploitation des ressources par des néo-arrivants.

Lors de la prochaine conférence des parties (COP15) de la Convention sur la diversité biologique (CDB), qui se tiendra fin 2020 à Kunming (Chine), un nouvel objectif post-2020 pourrait être fixé, à 30% d’aires protégées en 2030. Un nouvel horizon «qui n’aura aucun sens s’il ne s’accompagne pas de ressources suffisantes pour garantir la préservation d’habitats précieux», juge Jonas Geldmann.