Au Nord, une flore intestinale plus «obésogène»

Le 26 février 2014 par Romain Loury
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Conditionnée par l’alimentation, la flore intestinale dépend de la latitude à laquelle on vit, révèle une étude américaine publiée dans les Biology Letters.

Le microbiote intestinal, ensemble des bactéries colonisant notre intestin, est impliqué dans un nombre croissant de maladies chroniques: celles directement liées au métabolisme, telles qu’obésité et diabète, mais également les cancers, les maladies cardiovasculaires, voire la polyarthrite rhumatoïde, l’asthme et les maladies auto-immunes.

D’où la tentation de distinguer une bonne flore intestinale d’une mauvaise. Et donc les bactéries vertueuses des infréquentables: parmi les mieux décrites, celles du genre Bacteroidetes, plus abondantes chez les personnes de poids normal, et celles du genre Firmicutes, plus fréquentes chez les obèses. Or l’idée d’un profil bactérien universellement bon serait un peu schématique.

Selon Taichi Suzuki, chercheur à l’University of California à Berkeley, «ce que l’on appelle ‘microbiote sain’ [riche en Bacteroidetes et pauvre en Firmicutes, ndlr] pourrait dépendre de la localisation géographique». «L’obésité est perçue comme une mauvaise chose, mais le fait de tirer plus de graisses et plus d’énergie de notre alimentation a peut-être constitué un facteur de survie important par le passé», ajoute-t-il dans un communiqué.

Selon des travaux chez la souris, une flore intestinale considérée comme «obésogène» s’avère en effet plus efficace pour extraire de l’énergie des aliments. C’est ce phénomène que le chercheur, en collaboration avec Michael Worobey de l’University of Arizona à Tucson, semble suggérer dans son étude, la première à étudier la flore intestinale en fonction de la latitude.

Les Firmicutes plus abondantes au Nord

Les chercheurs ont repris les données de 6 études publiées, détaillant la composition de la flore intestinale de 1.020 individus répartis dans 23 lieux: Afrique, Chine, Europe du Sud et du Nord, Amérique du Sud et du Nord. Résultat: la présence des bactéries Firmicutes s’accroît avec la latitude, tandis que celle des Bacteroidetes diminue, indépendamment de l’âge ou du sexe. Ce gradient nord-sud pourrait aussi, du moins en partie, expliquer la plus grande taille des populations nordiques, avancent les chercheurs.

Dilemme fréquent en biologie, ces variations de flore intestinale pourraient être d’origine génétique (l’inné), environnementale (l’acquis) ou les deux. Si l’étude ne permet pas de le déterminer, les chercheurs livrent déjà un indice en faveur de l’environnement: les Noirs américains présentent une flore intestinale similaire à celle des populations d’origine européenne (vivant en Europe ou en Amérique du Nord), mais très éloignée de celle de leurs cousins d’Afrique.

 



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