Au Mexique, deux taxes pour se mettre au régime

Le 13 novembre 2013 par Romain Loury
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Le catch et l'obésité, deux spécialités mexicaines.
Le catch et l'obésité, deux spécialités mexicaines.
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Particulièrement touché par l’obésité, le Mexique est en passe de mettre en place des taxes sur la «junk food» et sur les boissons sucrées, un projet du président Enrique Peña Nieto qui a obtenu fin octobre le feu vert du Congrès.

Selon des chiffres 2008 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 32,1% de la population mexicaine serait obèse et 68,3% serait en surpoids [1]. Juste derrière les Etats-Unis, dont 33% de la population était jugée obèse en 2008, et 70,8% en surpoids. Ici comme là-bas, c’est la «junk food» et les boissons sucrées, dont le Mexique serait le premier consommateur mondial, qui sont en cause.

D’où la cure d’austérité calorique que souhaite insuffler à son pays le nouveau président, Enrique Peña Nieto. Fin octobre, il a réussi à faire approuver deux importantes taxes par le Congrès: l’une de 8% sur les aliments chargés en graisses saturées, en sucres ou en sel, une seconde de 4% sur les boissons sucrées. L’argent collecté sera affecté à des programmes anti-obésité et d’accès à l’eau.

«Nous ne pouvons pas rester les bras croisés devant cette épidémie réelle de surpoids et d’obésité. Ce sont les vies de millions de Mexicains qui sont littéralement en jeu», a réagi Enrique Peña Nieto à l’annonce de ce vote. Un nécessaire «changement de culture», auquel il espère adjoindre une incitation à l’activité physique, à raison d’au moins une heure par jour.

L’amère expérience danoise

Pionnier en la matière, le Danemark a toutefois échoué avec sa propre «fat tax» sur les acides gras saturés, lancée en octobre 2011, enterrée un an plus tard. En cause, le fait que de nombreuses entreprises agro-alimentaires ont absorbé la taxe afin de maintenir leur prix, faisant peser une menace sur l’emploi des salariés (voir le JDSA). Un échec cuisant, qui a fait renoncer le gouvernement à une taxe similaire sur les produits sucrés.

Quant à la taxe française sur les sodas, actuellement de 7,31 euros/hectolitre, elle concerne certes toutes les boissons à sucres ajoutés, mais également celles contenant des édulcorants. De quoi contenter les nombreux opposants de l’aspartame, mais aussi brouiller le message de la lutte anti-obésité –si tant est que les édulcorants soient efficaces pour perdre du poids, ce qui est loin d’être acquis (voir le JDSA).

Assez peu appréciées de l’industrie agro-alimentaire, ces taxes sur la «junk food» semblent assez populaires du côté du public, du moins lorsque celui-ci est touché par le fléau de l’obésité. Exemple, l’Australie, également pays très touché (26,8% d’obésité, 63,7% de surpoids): selon un sondage publié le 6 novembre par l’Obesity Policy Coalition, 57% des Australiens seraient pour une taxe sur la «junk food», 64% pour une taxe sur les sodas.

 

 

[1] L’obésité se caractérise par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 kg/m2, le surpoids par un IMC supérieur à 25 kg/m2.

 

 



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