Au Japon, une maladie portée par le vent

Le 20 mai 2014 par Romain Loury
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La maladie de Kawasaki, portée par le vent
La maladie de Kawasaki, portée par le vent
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Au Japon, la maladie de Kawasaki, dont les origines demeurent mystérieuses, connait des pics lorsque le vent souffle du nord-est de la Chine, région connue pour son agriculture céréalière intensive, révèle une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

Touchant avant tout des enfants de moins de 5 ans, la maladie de Kawasaki a pour la première fois été décrite en 1967 au Japon, pays qui reste le plus affecté au monde. De la famille des vascularites, groupe de maladies inflammatoires touchant la paroi des vaisseaux sanguins, elle se caractérise d’abord par de la fièvre, une conjonctivite et une éruption cutanée.

Mortelle dans les cas les plus graves, elle peut, lorsqu’elle n’est pas soignée à temps, entraîner des maladies cardiaques à vie: en hausse dans les pays développés, elle constitue même la première cause de cardiopathie acquise.

Très obscures à ce jour, ses origines seraient en partie génétiques, comme en témoigne sa plus forte prévalence au Japon, ainsi que chez les familles japonaises ayant émigré. Mais elle comporterait aussi des causes environnementales, les experts soupçonnant l’implication d’un facteur infectieux qui reste à découvrir: elle survient le plus souvent en hiver, et sous forme de cas groupés -la transmission entre personnes semble en revanche exclue.

Une grande région céréalière chinoise

Lors de travaux publiés en 2011, des chercheurs de l’université de Californie à San Diego et de l’université de Barcelone avaient suggéré l’existence d’un facteur météorologique: au Japon ainsi qu’à Hawaï et en Californie, la maladie surviendrait plus fréquemment lors de vents soufflant d’Asie continentale. Leur nouvelle étude confirme cette hypothèse pour le moins intrigante, allant jusqu’à évoquer l’existence d’un agent porté par le vent.

Par simulation informatique, les chercheurs ont analysé les vents soufflant sur le Japon en fonction de l’apparition des cas, aussi bien lors des trois grands pics de la maladie (1979, 1982, 1986) qu’en périodes «normales». Un travail de fourmi qui désigne le nord-est de la Chine comme origine de ces vents mauvais. Or cette région abonde en maïs, en blé et en riz cultivés de manière très intensive: bordant la Russie, la province d’Heilongjiang produit ainsi 29% des céréales chinoises.

Restait à savoir quel était l’agent causal impliqué. Selon les chercheurs, il y a peu de chances qu’il soit de nature infectieuse: le délai s’écoulant entre l’exposition au vent chinois (et donc à l’agent putatif) et l’apparition des premiers cas de la maladie ne serait en effet que de quelques heures. Trop court pour l’incubation d’une bactérie ou d’un virus.

Afin de résoudre ce mystère, les chercheurs ont survolé, en mars 2011 alors que la maladie sévissait fortement, le nord-ouest du Japon en avion, y filtrant l’air entre 2.000 et 3.000 mètres d’altitude. Surprise: des levures du type Candida y étaient très abondantes, avec une proportion pour le moins inhabituelle de 54% des champignons recueillis.

Des mycotoxines de Candida en cause?

Or «de nombreuses cultures émettent des spores de champignons, rappellent les chercheurs. Les mycotoxines qu’elles produisent constituent un groupe diversifié de molécules (…), pouvant entraîner de nombreux symptômes chez l’homme, par exemple au niveau du foie, des reins et du système nerveux». Entre autres exemples, les aflatoxines et les ochratoxines, qui contaminent les céréales, sont à l’origine de graves intoxications alimentaires.

Si ces résultats étaient avérés, la maladie de Kawasaki serait la seule connue à ce jour à opérer de cette manière, avec un agent causal porté par voie aérienne sur de grandes distances. Difficile en revanche d’étendre ces résultats au-delà du Japon, notamment à Hawaï et à la Californie: ces Etats sont certes soumis aux mêmes vents chinois que le Japon, mais comptent aussi de nombreuses familles d’origine japonaise, donc peut-être à risque génétique.

En France, la maladie de Kawasaki ferait autour de 600 victimes par an, là aussi principalement des enfants. En termes de recherche, le pays n’en est qu’à ses balbutiements: début 2011, un réseau de chercheurs a lancé le réseau Kawanet afin de recenser les cas sur le territoire. Ses données n’ont pas encore été analysées en détail, a indiqué au JDLE l’une de ses responsables, Maryam Piram, du service de pédiatrie générale à l’hôpital Bicêtre (Le Kremlin-Bicêtre, Val-de-Marne).



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