Au Japon, les pêcheries lacustres ruinées par les néonicotinoïdes

Le 04 novembre 2019
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Le lac Shinji, au Japon
Le lac Shinji, au Japon

L’arrivée des néonicotinoïdes dans les années 1990 serait responsable de l’effondrement des pêcheries des lacs japonais, révèle une étude publiée vendredi 1er novembre dans Science.

Dans les pays à forte production rizicole, les pesticides, dont les néonicotinoïdes, sont directement épandus en milieu aquatique, accroissant fortement la contamination des rivières et des lacs. Décimant les invertébrés aquatiques, ces substances entraînent de rapides effets en cascade sur les écosystèmes, comme le révèle l’étude publiée par l’équipe de Yutaka Kameda, de l’Institut de technologie de Chiba (Japon).

Les chercheurs montrent que depuis la commercialisation des néonicotinoïdes en 1993, la biomasse de zooplancton dans le lac Shinji, situé au sud-ouest du pays, s’est effondré de 83%. En cause selon les chercheurs, des concentrations qui dépassent les seuils de toxicité aigüe pour plusieurs espèces d’invertébrés, dont se nourrissent les poissons.

Conséquence, les pêcheries ont vu leur production rapidement diminuer: entre 1993 et 2004, les captures annuelles de wakasagi (Hypomesus nipponensis) n’étaient plus que de 22 tonnes par an, contre 240 tonnes par an entre 1981 et 1992.Quant à l’anguille du Japon (Anguilla japonica), elles ont baissé de 42 tonnes à 10,8 tonnes sur les mêmes périodes.

Des effets écosystémiques trop peu étudiés

Bien que les effets des pesticides à l’échelle des écosystèmes demeurent bien peu étudiés, le lac Shinji est loin d’être un cas isolé: d’autres lacs japonais ont aussi vu leurs pêcheries péricliter depuis les années 1990. En 2014, une étude néerlandaise révélait que l’emploi de néonicotinoïdes était lié à un déclin des oiseaux, du fait de la raréfaction des insectes.

Selon les chercheurs, «l’impact écologique et économique des néonicotinoïdes sur les eaux douces du Japon confirme la prophétie de Rachel Carson», biologiste américaine auteure en 1962 de «Printemps silencieux», premier ouvrage à tirer la sonnette d’alarme sur les pesticides, en l’occurrence sur le DDT.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus