Au chevet des baleines

Le 11 juillet 2011 par Célia Fontaine
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La 63e réunion plénière de la commission baleinière internationale (CBI) se tient à Jersey (îles anglo-normandes) du 11 au 14 juillet. Au sommaire de cette rencontre: plastiques dans l’estomac des cétacés et soupçons de corruption au sein de la CBI.

En 2011, les baleines font toujours partie du triste club des animaux menacés. Sur la quinzaine d’espèces existantes, on estime à seulement 121 individus le nombre de baleines grises du Pacifique nord-ouest (Eschrichtius robustus) et environ 300 baleines franches de l'Atlantique nord-ouest ((Eubalaena glacialis)). La population de baleines bleues (Balaenoptera musculus), le plus grand animal que la terre connaisse, atteint les 5.000 individus.
 
Ces grands mammifères sont de plus en plus affectés par les déchets plastiques qui se retrouvent dans les océans. Une étude soumise au comité scientifique de la CBI par la Société pour la conservation des dauphins et des baleines (WDCS), une ONG britannique, rappelle que ces débris sont dangereux pour les géants des mers. Les micro-débris (inférieurs à 5 mm) semblent faciliter le transfert, dans le corps, des polluants associés à ces plastiques, comme les PCB (polychlorobiphényles). La WDCS plaide notamment pour que la CBI souscrive à l'Engagement d'Honolulu, un appel international lancé en mars à Hawaï pour inciter gouvernements, associations, industries et citoyens à agir pour réduire les déchets marins (dans le JDLE).
 
Créée en 1946, la Commission baleinière internationale (CBI) réunit 89 pays sur une base volontaire afin de veiller au «développement ordonné» de la chasse et à la conservation des baleines. Y figurent les chasseurs comme le Japon, l’Islande, et la Norvège, la majorité de l'Asie, des Caraïbes, de l'Afrique et la Russie, ainsi que des membres «anti-chasse» comme l’Union européenne (sauf le Danemark), la plupart des pays anglophones (Australie, Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et le Kenya), l'Inde et l'Amérique du Sud.
 
La chasse commerciale à la baleine est interdite depuis 1986, et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) prohibe le trafic international de produits qui en sont issus.
 
Profitant d'un vide dans la Convention de la CBI qui permet la chasse dite « scientifique », le Japon continue grâce à un permis spécial, de poursuivre son programme de «recherche» sur les baleines dans l’Antarctique («Jarpa II»). L’Australie considère qu’il s’agit d’une chasse qui viole «les obligations contractées par cet Etat aux termes de la convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (ICRW), ainsi que d’autres obligations internationales relatives à la préservation des mammifères marins et de l’environnement marin». Elle a donc introduit le 31 mai 2010 une instance devant la Cour internationale de justice contre le Japon pour «violation alléguée des obligations internationales relatives à la chasse à la baleine» (dans le JDLE).
 
Cette année, la campagne de chasse japonaise a été écourtée. En février 2011, la flotte nippone a  quitté le sSanctuaire de l'Océan Austral pour rentrer au port après avoir pris moins de la moitié du quota prévu qui avoisine les 1.000 spécimens (dans le JDLE).
La Norvège a, quant à elle, poursuivi la chasse dans l'Atlantique Nord (dans le JDLE), malgré une population très majoritairement opposée à cette pratique. Le marché domestique pour la viande de baleine n’est plus très florissant, et ces dernières années la Norvège a régulièrement pris de 400 à 500 baleines (ce qui correspond à environ la moitié du quota fixé par ses soins).  
L'Islande ne s'est pas opposée au moratoire fixé par la CBI, mais continue en 2011, à chasser le petit rorqual (Balaenoptera acutorostrata). La saison est actuellement suspendue «suite au licenciement des employés de la station baleinière en raison du marché déclinant de la viande de baleine», rapporte le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw) dans un communiqué du 9 juillet.
L’opposition entre pro et anti chasse a conduit à l’échec des discussions pour assouplir le moratoire lors de la dernière réunion de la CBI qui s’est tenue en juin 2010 à Agadir (dans le JDLE). Le Japon avait notamment été soupçonné de monnayer le vote de ses alliés à la Commission (Afrique et Caraïbes).
 
Cette année, le Royaume-Uni propose que chaque pays membre règle désormais sa cotisation par un virement depuis un compte bancaire national pour mettre fin aux paiements par chèque ou en liquide. «Une façon de ne plus permettre à un pays chasseur de payer discrètement la cotisation de ses alliés », rapporte l’AFP le 8 juillet.
 
On peut se demander quelle sera l’attitude des membres de la commission envers le Japon, durement touché par la catastrophe de Fukushima.
 
Il est également proposé d'accorder plus de place aux ONG et d'accélérer la diffusion des décisions et des comptes-rendus de réunions. «Nous pensons que les propositions du gouvernement britannique permettront de moderniser et de réformer la CBI et d'aligner ses procédures sur le modèle des organisations similaires», a déclaré Robbie Marsland, directeur d’Ifaw Grande-Bretagne.
 
De son côté, l’ONG Robin des Bois est très inquiète de la dégradation de l’état sanitaire des baleines après le tsunami et l’accident de Fukushima. Les baleines, au sommet des chaînes alimentaires, peuvent être affectées par l’iode 131, le césium 137, le strontium 90, le plutonium, qui sont les radioéléments identifiés projetés sur le sol japonais par les rejets atmosphériques. «Le nord-ouest de l’océan Pacifique, quant à lui, est le réceptacle naturel des rejets liquides pendant la catastrophe en cours mais aussi des retombées atmosphériques», peut-on lire dans un communiqué du 8 juillet. Les voies de contamination sont donc multiples : contact permanent avec la radioactivité artificielle, ingestion de plancton, de proies et de déchets contaminés, transmission de la radioactivité aux baleineaux pendant la période d’allaitement. «Les effets potentiels de cette contamination externe et interne sont mutagène (mutation du patrimoine génétique), tératogène (développement anormal de l’embryon) et cancérogène, autant d’impacts gravissimes pour des populations dont l’avenir avant la catastrophe de mars 2011 n’était pas assuré », estime Robin des Bois.


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