Au Canada, la lutte contre le réchauffement est un sport de combat

Le 16 juin 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La ministre de l'environnement McKenna peine à convaincre les premiers ministres provinciaux.
La ministre de l'environnement McKenna peine à convaincre les premiers ministres provinciaux.

Pas facile de fixer des contraintes carbone à un pays producteur de pétrole. C’est pourtant l’expérience que tente le gouvernement canadien. Avec de nombreux clashs à la clé entre l’équipe du Premier ministre fédéral, les Premiers ministres régionaux et l’industrie pétrolière.

 

Selon son INDC, le Canada doit abattre d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2005 et 2030[1]. Un objectif qu’il entend notamment atteindre en tarifant les émissions de carbone.

Tarifer les émissions de carbone

Dès le printemps 2018, il en coûtera, au minimum 10 dollars canadiens ? (10 $CA : 6,75€) pour émettre une tonne de CO2; taxation qui progressera de 10 $ par an jusqu’à atteindre 50 $/t CO2 en 2022. Voilà pour le niveau d’ambition, à charge pour les provinces de choisir le mécanisme économique le plus efficace localement: marché de quotas d’émission (comme au Québec ou en Ontario), taxe carbone (comme en Colombie britannique) ou système hybride (Alberta).

Négociations difficiles

Après un difficile démarrage des négociations, la plupart des provinces ont fini par entrer dans le rang. Non sans avoir obtenu des aides fédérales pour financer les investissements bas carbone régionaux. Présenté jeudi 15 juin, ce fonds est doté de 2 milliards de dollars sur 5 ans: 1,4 milliard pour les province et les communes (le montant sera fonction de l’importance de la population) et 600 millions pour les entreprises.

Manitoba et Saskatchewan

Ce partage ne convient pas aux régions les moins peuplées, comme le Manitoba et la Saskatchewan. Dans cette dernière province, grosse productrice d’hydrocarbures, le Premier ministre refuse tout programme de lutte contre le réchauffement passant par une tarification du carbone. Brad Wall menace même d’attaquer en justice le plan pancanadien de lutte contre les changements climatiques présenté en décembre dernier.

Devant cette résistance, la ministre fédérale de l’environnement, Catherine McKenna, a menacé les régions rebelles de leur couper les 128 millions de subventions prévues. Cela pourrait ne pas suffire.

Perspectives pétrolières

Car les perspectives de l’industrie pétrolière sont totalement incompatibles avec les objectifs climatiques. Selon les dernières statistiques de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), la production nationale d’hydrocarbures devrait bondir de 34% d’ici 2030. «Cette croissance de 1,3 million de barils par jour sera stimulée par une hausse de 53% des prévisions de production de pétrole issu des sables bitumineux», souligne l’ACPP.

Pour tenter de limiter la casse, le gouvernement de l’Alberta (la plus grande province pétrolière du pays) doit annoncer, ce vendredi 16 juin, l’instauration d’un premier plafond d’émission de CO2 pour l’industrie pétrolière, estimée à 100 Mt/an. L’industrie feint de s’offusquer. Sans oublier que cette limite lui permet d’accroître encore d’un tiers ses rejets par rapport à aujourd’hui.

Chasse au méthane

Au niveau fédéral, Ottawa entend mettre en œuvre une nouvelle réglementation obligeant l’industrie pétrolière à stopper, d’ici 2035, ses émissions fugitives de méthane. L’extraction et le transport des hydrocarbures sont responsables de 44% des rejets de méthane canadiens. A elles seules, les compagnies pétrolières sont à l’origine du quart des émissions canadiennes de GES.

En compensation, les pétrogaziers demandent l’autorisation de construire de nouveaux pipelines, pour exporter pétrole et gaz. Le CO2 émis sortirait alors de la comptabilité carbone nationale. Mais contribuerait tout de même à l’effet de serre planétaire.

 



[1] Soit 523 Mt équivalent CO2 par an en 2030.

 



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