Au Bangladesh, un «nuancier» pour une eau sans arsenic

Le 13 octobre 2014 par Romain Loury
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Au Matlab, seuls 18% des puits sans risque arsenic
Au Matlab, seuls 18% des puits sans risque arsenic
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La population rurale du Bangladesh est victime de l’arsenic, dont les eaux souterraines regorgent. Une équipe suédoise a trouvé un moyen simple d’éviter de forer dans des sols contaminés, grâce à un simple examen de la couleur des sédiments.

C’est l’histoire d’une victoire sanitaire qui n’en est pas vraiment une: longtemps victime du choléra et d’une forte mortalité infantile liée aux diarrhées, le Bangladesh s’est lancé dans les années 1970 dans le forage de puits, censés assurer un approvisionnement en eau saine à sa population rurale.

Certes, le risque infectieux a chuté grâce à cette eau pompée manuellement, mais un nouveau danger est apparu: l’arsenic. Selon une étude menée en 2009-2011 dans la région du Matlab, au sud-est du pays, seuls 18% des puits offriraient une eau sans danger sanitaire.

L’arsenic, métal lourd inodore et incolore qui accroît le risque de cancer, abonde dans les aquifères bangladais, s’écoulant de l’Himalaya à travers les grands fleuves indiens que sont le Gange et le Brahmapoutre. Dans le cadre du projet suédois SASMIT [1], Mohamed Hosain, de l’Institut royal de technologie de Stockholm, et ses collègues ont mis au point une méthode simple: forer des puits en se basant sur la couleur des sédiments, récupérés lors de forages tests.

Selon leur étude publiée dans la revue Science of the Total Environment, la couleur des sédiments dépend en effet de leurs caractéristiques chimiques, en particulier de leur taux de réduction (terme signifiant le contraire d’oxydation), qui va à son tour conditionner la présence d’arsenic dans l’eau. Les chercheurs ont donc analysé la couleur de 144 puits du Matlab, la comparant à la teneur en arsenic mesurée en laboratoire –test coûteux et peu disponible pour des villageois bangladais.

Le rouge et le noir

Deux grands motifs se détachaient: les sédiments noirs (66 puits) et les sédiments rouges (39 puits). Dans les premiers, la teneur en arsenic atteignait une moyenne de 239 µg/L, bien plus élevée que la valeur guide en vigueur au Bangladesh (50 µg/L) et que celle édictée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (10 µg/L).

Quant aux «puits rouges», ils étaient tous en-dessous du standard bangladais, et respectaient, en moyenne, celui de l’OMS. Plus délicat, les sédiments de couleur écrue donnent aussi de bons résultats, mais leur teinte intermédiaire peut faire l’objet d’interprétations différentes d’une personne à l’autre.

Sur la base de 100 forages tests, les chercheurs ont analysé plus en détail la couleur des sédiments, élaborant un «nuancier» permettant de déterminer le risque de trouver de l’arsenic dans un site donné.  Grâce à cet outil simple, il ne sera plus utile de creuser très profond (250 mètres) pour éviter l’arsenic: dès 120 mètres, il est possible de trouver de l’eau saine, à moindre coût.

Selon un communiqué de l’Institut royal de technologie, ce système simple pourrait protéger des millions de personnes d’une exposition excessive à l’arsenic. Et ce aussi bien au Bangladesh que dans toutes les régions d’Asie du sud-est traversées par des fleuves issus de l’Himalaya, tels que le Mékong, le fleuve Rouge et l’Irrawaddy.

[1] Financé par l’Agence suédoise de développement et de coopération internationale, le projet SASMIT (Sustainable Arsenic Mitigation Project) vise à installer des puits d’eau sans arsenic dans les villages du Matlab. A ce jour, environ 300 ont été installés, fournissant de l’eau à 24.000 personnes.



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