Atterrissage d'urgence pour Notre-Dame-des-Landes

Le 17 janvier 2018 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le non a gagné!
Le non a gagné!

Il n’y aura jamais d’aéroport dans le bocage nantais. Né au temps du Concorde, devenu un marqueur politique de deux visions du monde, le projet vient d’être enterré par Emmanuel Macron. Les terres garderont leur vocation agricole. Les opposants se sont engagés à libérer les accès à la zone.

«L’aéroport de la division» ne se fera pas. Depuis les marches de l’Elysée, Edouard Philippe a tranché le «nœud gordien» qu’était devenu, gouvernement après gouvernement, le dossier de la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). Loin de toute considération environnementale, le Premier ministre et le président de la République ont privilégié l’efficacité gouvernementale. «La gravité des enjeux économiques que le pays traverse, la gravité des enjeux de sécurité qu’il connaît exigent que nous restions rassemblés sur nos priorités», a expliqué Edouard Philippe.

Parlons sous. Pas un mot sur le coût pour l’Etat du désengagement de la concession signée en 2010 avec le groupe Vinci. Plusieurs estimations circulent, de 150 à 250 millions d’euros selon les opposants à quelque 350 M€ selon la chambre de commerce et d’industrie de Nantes-Saint-Nazaire. Les trois médiateurs, quant à eux, n’ont pas chiffré le montant de l’indemnisation, dont le mode de calcul diffère selon le motif invoqué (intérêt général ou force majeure, prévus dans le contrat de concession). Vinci s’est dit «à la disposition de l’Etat». Il sera instructif de suivre l’usage qui sera fait des 100 M€ collectés par Vinci depuis 7 ans auprès des compagnies aériennes pour la future construction dans le bocage nantais. Un «préfinancement» désormais caduc que ne peut s’approprier le concessionnaire, a précisé le ministre des transports à Libération. Concessionnaire de l’actuel aéroport de Nantes et de celui de Saint-Nazaire, le géant du BTP saura sûrement trouver son avantage dans l’agrandissement annoncé aujourd’hui. Un élément qui devrait faire partie de la négociation avec l’Etat.

Dossier dans l’impasse

En tant qu’ancien maire, reconnaît-il, il aurait eu «le réflexe» de signer des deux mains pour l’achèvement d’un projet pensé à l’ère du Concorde. Mais les choses paraissent «toujours plus simples quand elles sont vues de loin». Avec un rapport de trois médiateurs sur la table très favorable à la rénovation de l’aéroport actuel, après avoir rencontré une centaine d’élus des deux camps et fort de visites sur le terrain, Edouard Philippe s’est convaincu que «ce dossier [était] dans l’impasse. (…) Un tel projet d’aménagement qui structure un territoire pour un siècle ne peut se faire dans un contexte d’opposition exacerbée entre deux parties presque égales de la population. (…) Cinquante ans d’hésitations n’ont jamais fait une évidence.» Dans ces conditions, l’exécutif décide d’abandonner le projet de Notre-Dame des Landes.

Hulot grand stratège

La forte dimension environnementale du dossier ne semble pas avoir pesé bien lourd dans la balance, Edouard Philippe ne faisant référence ni aux zones humides du site, ni aux espèces protégées, ni même aux dimensions climatiques d’un projet par essence émetteur de gaz à effet de serre. L’abandon du projet constitue donc une victoire politique d’autant plus puissante pour Nicolas Hulot, car le ministre de l’écologie, très attentif à la crise écologique, au changement climatique ou aux choix de civilisation à opérer, a réussi à entraîner l’exécutif dans son refus du projet.

 «Emmanuel Macron piétine les procédures et décisions de justice, il piétine nos collectivités locales, il piétine le vote des habitants», a déclaré Philippe Grosvalet, président du syndicat mixte aéroportuaire (SMA), regroupant l'ensemble des collectivités favorables au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Miser sur le train

Avec l’abandon de NDDL, le Grand-Ouest n’est pas condamné à l’enclavement, s’est employé à rassurer Edouard Philippe. Avec Rennes à 1h35 de Paris, et Nantes à 1h58, le risque était faible... Mais le Premier ministre l’a promis: les deux villes, ainsi que Brest, seront mieux connectées par le train aux plateformes de correspondance aux long-courriers internationaux [il faut aujourd’hui trois heures pour rallier Roissy CDG depuis Nantes]. Là où les partisans du nouvel aéroport misaient tout sur le trafic au départ de Nantes, l’ex-maire du Havre opte pour une répartition des passagers entre Nantes-Atlantique et celui de Rennes-Saint Jacques: l’aérogare breton devrait bientôt être agrandi. Enfin, l'aéroport nantais sera rapidement modernisé et les abords de pistes aménagés pour accroitre le nombre de passagers. En parallèle, la procédure pour l'allongement de la piste sera engagée, qui permettra de réduire les nuisances sonores à Nantes. Si celles-ci devaient rester trop importantes pour les riverains de St Aignan de Grand-Lieu, une compensation «exemplaire» sera déboursée. Autant de dossiers sur la table de la ministre des transports Elisabeth Borne, qui dispose de six mois pour étudier les conditions de mise en œuvre de ces trois chantiers.

Terres vouées à l’agriculture

Seule incursion vers les thèses défendues par les opposants au projet: l’avenir agricole des 1.650 hectares désormais délaissés. «Ces terres retrouveront leur vocation agricole», a assuré le Premier ministre . «Nous aurons besoin d’une période de gel de la redistribution institutionnelle des terres, ont demandé les organisations comme l’Acipa, le Cédpa[1] ou la Confédération paysanne. Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole.» Les agriculteurs expropriés pourront, comme le prévoit la loi, retrouver leur terre s’ils le souhaitent, mais les occupants sans titre «devront partir d’eux-mêmes d’ici le printemps prochain ou seront expulsés», a prévenu Edouard Philippe. «De nouveaux projets agricoles pourront être accueillis à partir de fin avril dans un cadre légal», a-t-il ajouté, ouvrant la porte à une possible sortie pacifique de l’installation illégale mais fertile des ‘zadistes’. L’Etat engagera «une session progressive du foncier de Notre-Dame-des-Landes».

Le spectre de la violence

Alors que 550 CRS convergeaient vers Nantes et Rennes et que 770 gendarmes mobiles étaient recensés autour de la ‘zone à défendre’ (ZAD), la question de son évacuation était dans tous les esprits. Exigée à corps et à cris par tous les pro-aéroport, au nom (au choix) du respect de l’Etat de droit, de l’autorité de la chose jugée ou du pouvoir des urnes, elle n’a pas été brandie par le Premier ministre. Pour «mettre fin à la zone de non-droit qui prospère depuis 10 ans sur cette zone», Edouard Philippe a opté pour une sortie douce et progressive de l’occupation. A savoir que les trois routes qui mènent à la ZAD soient «rendues à la libre circulation», avec le retrait des «squats qui débordent» et celui des obstacles installés depuis 2012 -ce qui est surtout valable pour la D 281. Un point qui est loin de faire consensus parmi les occupants de la ZAD. Une assemblée dite ‘des usages’ consacrée à cette question devait se tenir ce 17 janvier; elle a été annulée dans la foulée de la décision d’abandon. Une assemblée générale est programmée pour demain. D’ores et déjà, les organisations anti-aéroport assurent qu’elles procèderont elles-mêmes au désenclavement de la route. «La présence ou l'intervention policières ne feraient donc qu’envenimer la situation», écrivent-elles dans un communiqué.

 



[1] Acipa: Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes; Cédpa: collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de NDDL

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus