Atlantique Nord: le retour du thon rouge aiguise les appétits

Le 03 janvier 2019 par Stéphanie Senet
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Le thon rouge est réapparu dans les eaux britanniques en 1996
Le thon rouge est réapparu dans les eaux britanniques en 1996

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Le thon rouge de l’Atlantique (Thunnus thynnus), connu pour sa forte tolérance thermique et sa grande vitesse (jusqu’à 70 km/h), a enregistré un important déclin dans le nord de l’océan Atlantique à partir des années 1960. Ce qui lui a valu d’être inscrit sur la liste des espèces en péril par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Jusqu'à présent, on savait peu de choses sur son comportement migratoire, son abondance régionale et sa distribution spatiale. Une étude publiée dans Nature en 2005 avait montré qu’il pouvait se déplacer dans l’Atlantique, d’ouest en est, et y rester de quelques mois à quelques années. Les chercheurs du CNRS, de l’université parisienne Pierre et Marie Curie et de la fondation britannique Secchi Disk se sont donc penchés sur les raisons de ses déplacements au cours des 200 dernières années et de sa récente réapparition dans les eaux britanniques.

 

Influence du courant océanique

Résultat: la plupart des migrations du thon rouge sont liées à l’oscillation atlantique multidécennale (AMO), une variation de la température de surface de la mer observée dans le nord de l’océan Atlantique en soustrayant la variation linéaire du réchauffement climatique. Ainsi, l’abondance la plus forte de thon rouge observée dans l’est de l’Atlantique est reliée aux phases positives[1] (chaudes) de l’AMO tandis que les valeurs les plus faibles correspondent aux phases négatives[2] (froides).

Les scientifiques affirment également que le thon rouge n’est présent dans les eaux britanniques que pendant les phases actives de l’AMO: des années 1920 au début des années 1960 puis de nouveau depuis la fin des années 1990. L’oscillation est en effet revenue à une phase chaude en 1996, l’année du retour du thon rouge dans les eaux territoriales du Royaume-Uni. «Les effets écologiques de l’AMO avaient jusque-là été négligés. Nos résultats représentent une avancée importante dans la compréhension de l’histoire du thon rouge dans l’Atlantique Nord», commente Robin Fallettaz, chercheur à l’Université de Lille et auteur principal de l’étude.

 

Impact du réchauffement climatique

Autre conclusion: le réchauffement de la température de l’eau pourrait compenser l’influence d’une phase négative de l’AMO sur le thon rouge, et faire perdurer l’espèce dans les mers nordiques, tandis qu’elle disparaîtrait davantage de la Méditerranée. De quoi aiguiser l’appétit des pêcheurs nordiques. Pour l’instant, il est interdit de capturer du thon rouge dans les eaux britanniques mais des voix s’élèvent pour demander une dérogation au nom de la pêche de loisir.

Les scientifiques tirent le signal d’alarme. «Avant d’exploiter davantage le thon rouge, nous devons nous demander s’il n’est pas préférable de protéger l’un des poissons les plus menacés des océans», affirme Richard Kerby, de la fondation britannique Secchi Disk.



[1] De 1929 à 1962 et depuis 1995

[2] De 1896 à 1928 et de 1963 à 1994

 



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