Associations: des budgets difficiles à boucler

Le 08 juin 2016 par Marine Jobert
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La biodiversité, une compétence éclatée entre collectivités.
La biodiversité, une compétence éclatée entre collectivités.
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Les subventions accordées à la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna) ont été divisées par deux par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Une mesure de rétorsion, assurent certains, dans un contexte budgétaire très contraint. L’occasion d’engager une réflexion sur les modes de financement d’associations dépendantes, malgré elles, du politique.

A l’aide! La Frapna vient de lancer une campagne de dons, intitulée «Save Frapna», pour Sol, Air, Vivant, Eau. Un bel acronyme, qui ne suffit pas à cacher l’ornière financière et politique dans laquelle la fédération régionale, qui regroupe 220 associations de protection de la nature, s’enlise depuis les changements de majorité dans les exécutifs locaux. A l’instar d’autres associations sans lien avec la nature, les 108 salariés de la Frapna ont vu les subventions annuelles accordées par la région rognées de moitié, celles du conseil départemental de l’Ain réduite à 0 et celles de l’Isère diminuer de 75%. Le conseil départemental du Rhône fait la sourde oreille aux demandes de rendez-vous, les négociations avec celui de la Loire sont en cours. Seule la Haute-Savoie a maintenu son soutien financier et politique. «Aucun employeur ne peut amortir un tel choc sans casse sociale ni mise à mal de nos emplois», constate Eric Féraille, le président de la Frapna.

Droite dure

«C’est l’effet Wauquiez. Il a dit clairement qu’il était hors de question de financer des organisations qui critiquent et attaquent des projets portés par la région, se rappelle Jean-Pierre Crouzat, le trésorier de la Frapna. Le projet de construction d’un village-vacances sur la commune de Roybon (Isère), en faveur duquel l’exécutif a voté une subvention de 4,7 millions d’euros en avril 2016 (le même jour que la baisse de subventions à la Frapna), est une pierre d’achoppement entre le numéro 2 de Les Républicains et les associations de protection de la nature. «C’est une politique de droite dure, choquante, car on a le sentiment de travailler pour le bien commun et l’intérêt général. Le jeu de la démocratie implique qu’on peut être en désaccord, mais là, le seul levier utilisé en face, c’est celui de stopper les financements», regrette Jean-Pierre Crouzat. «L’exécutif régional actuel voudrait-il que seuls certains protagonistes, à savoir la FNSEA et les fédérations de chasse, règnent désormais sans partage sur la nature?», s’interroge Eric Féraille.

«Une vision passéiste et réductrice.» Le plan Montagne de Laurent Wauquiez est habillé pour l’hiver par l’association Mountain Wilderness. Objectif du conseil régional: lever 200 millions d’euros sur 6 ans pour essentiellement financer la production de neige artificielle. «Ces investissements concernent les stations de ski de piste, soit moins de 3% du territoire montagnard pour trois mois d’activité par an», quand le tourisme rapporte autant en hiver qu’en été et que 60% des dépenses ont lieu hors station. L’association souligne que les Alpes du Nord sont la région de France qui se réchauffe le plus. «Faut-il rappeler que les canons à neige consomment beaucoup d’énergie et d’eau? Et que pour être produite et conservée, la neige nécessite des températures froides?»

Education

Ce sont les conventions pluriannuelles d’objectifs (CPO), établies pour trois ans (jusqu’à l’an prochain) afin de financer des projets, qui vont subir de plein fouet ce désengagement des collectivités territoriales. «Notre point fort, c’est justement de se refuser à être dans des postures d’opposants systématiques, au bénéfice de l’éducation, précise Céline Labracherie, la directrice régionale de la Frapna. Or les actions rayées de la carte sont justement celles d’éducation et de sensibilisation à l’environnement.» Un tiers de l’effectif de la Frapna est dédié à ces missions, avec 250.000 personnes (dont 100.000 scolaires) sensibilisées chaque année. «On est à mi-parcours des CPO et au quart de l’exercice, ce qui fait court pour une bonne gestion du personnel. On pensait qu’un traitement raisonnable serait réservé à l’employeur que nous sommes», regrette Céline Labracherie.

Loi Notre

«On pourrait caricaturer en disant que, lorsque la droite revient au pouvoir, on trinque. C’est vrai aussi pour des projets portés par la gauche, quand les associations s’y opposent, tempère Sophie Fleckenstein, coordinatrice du lien fédéral à France Nature Environnement. Et de souligner le rôle de la baisse des dotations de l’Etat vers les régions. Sans compter les effets de la loi Notre, (‘Nouvelle organisation territoriale de la République’), qui redéfinit les compétences des départements et des régions sur les questions d’environnement. «Les départements, qui touchent la taxe départementale sur les espaces naturels sensibles (TDENS) sur tous les projets de construction, de reconstruction et d’agrandissement des bâtiments de toute nature, pourront prendre prétexte de ce qu’une association ne mène pas ses actions dans un espace naturel sensible pour ne plus la financer», explique Patrick Thierry. Le président de Picardie Nature déplore qu’il n’y ait pas d’harmonisation dans les définitions des actions à soutenir, liberté ayant été laissée aux départements pour le faire. Sans compter le fait que les régions gardent les compétences en matière de biodiversité ou encore les compétences partagées entre régions et départements… «Dans un contexte de restriction budgétaire, les associations de protection de la nature se retrouvent coincées et trinquent», résume Patrick Thierry.

Se réinventer

 «Est-ce l’occasion de se tourner vers les financements privés et les dons?», s’interroge Sophie Fleckenstein. «Tout cela augure d’un changement profond de notre fonctionnement, qui devra davantage compter, à l‘avenir, sur la générosité du public, abonde Céline Labracherie. Clairement, on change de modèle. Avec plus d’indépendance, peut-être.» 

 

 



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