ASN: l’avenir s’éclaircit pour le nucléaire français

Le 29 janvier 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'EPR : un calendrier tendu, selon l'ASN.
L'EPR : un calendrier tendu, selon l'ASN.
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Le gendarme du nucléaire français se satisfait de la restructuration récente de l’industrie nationale et du résultat des enquêtes sur la trop forte concentration en carbone de certains composants de centrales. Reste l’imposant dossier de l’allongement de la durée de vie des réacteurs de 900 mégawatts (MW).

 

Une fois n’est pas coutume, le ciel de l’atome tricolore semble s’éclaircir. C’est du moins l’avis du président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui présentait ses derniers vœux à la presse, à ce poste, ce lundi 29 janvier [1]. «Le contexte est moins préoccupant que l’an dernier et il y a des perspectives d’amélioration», indique Pierre-Franck Chevet.

Les investigations sur les pièces contenant trop de carbone sont terminées sur le parc français, sans que cela n’entrave sa bonne marche. Il reste à vérifier les pièces forgées au Creusot et installées dans les centrales nucléaires étrangères. Comme prévu, EDF devra aussi changer le couvercle de la cuve de l’EPR de Flamanville d’ici à 2024.

plan d’amélioration du contrôle-qualité

Pour réduire le risque d’un nouveau dysfonctionnement systémique en matière de contrôle de la qualité des fabrications des gros composants de l’industrie nucléaire, l’association européenne des gendarmes du nucléaire (Wenra) prépare une nouvelle méthodologie de contrôle. De même, l’ASN prévoit de publier, «dans les tout prochains mois», un plan d’amélioration du contrôle-qualité dans les usines tricolores.

Ce n’est, en revanche, qu’à la fin de l’année qu’est programmée la fin de l’enquête sur de possibles malversations au sein de l’usine du Creusot, désormais propriété d’EDF. «Sur les 2 millions de pages à lire, il nous en reste encore la moitié. Là-dedans, il ne peut être exclu que l’on trouve des surprises», estime l’ancien directeur général de l’énergie et du climat.

nouveau paysage

Le régulateur du nucléaire français se félicite de la restructuration de l’industrie atomique nationale. L’an passé, Areva était au bord de la faillite, le CEA en piètre forme budgétaire et EDF sommée de réaliser des investissements considérables, alors que son activité baisse. Avec le rachat de la division Réacteur d’Areva par EDF (filialisée dans la société Framatome) et la redistribution des activités du cycle du combustible à Orano, un nouveau paysage est composé. «Cette restructuration a été menée à bien, c’est important pour la sûreté», commente le président de l’ASN.

l'allongement de la durée de vie des réacteurs

Pour autant, le gendarme de l’atome conserve quelques points de vigilance. Le dossier d’un possible allongement de la durée de vie des réacteurs de 900 MW reste le point focal. Avant de prendre position sur le sujet, «probablement en 2020» estime Olivier Gupta, directeur général, l’ASN veut qu’EDF lui propose des solutions acceptables à plusieurs problèmes majeurs. «La philosophie française étant d’améliorer le niveau de sûreté des installations, nous devons savoir comment EDF envisage d’installer des récupérateurs de corium sous la cuve de réacteurs qui n’ont pas été conçus pour cela, quelles solutions sont envisagées pour lutter contre les agressions internes et externes, comment protéger les piscines d’entreposage des combustibles usés des centrales et comment maintenir le refroidissement des réacteurs en cas d’accident grave», résume Sylvie Cadet-Mercier, l’une des commissaires de l’ASN.

En principe, le dossier du passage à 50 ans sera expérimenté sur le premier réacteur de Tricastin entre 2019 et 2021. 

EPR : un calendrier tendu

Autant de sujets complexes qui nécessitent études et essais par l’électricien. Lequel devra fournir des réponses satisfaisantes s’il veut engager les procédures d’allongement de la durée de vie de ses premiers réacteurs dès le début de la prochaine décennie.

Autre «calendrier tendu»: celui de la mise en service industrielle de l’EPR de Flamanville (50). Son exploitant (EDF) prévoit toujours de produire ses premiers électrons dès la fin de l’année. «Mais le calendrier restera celui de l’ASN», rappelle Pierre-Franck Chevet.

Traduction: le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy doit encore apporter de nombreuses précisions quant au niveau de sûreté des équipements sous pression du réacteur normand. Sans elles, l’ASN n’autorisera ni la livraison du combustible, ni son chargement dans le réacteurs, les deux premières étapes de la mise en service.

Après la sûreté, la sécurité?

Si les vœux de l’ASN sont l’occasion de faire passer quelques messages force, ils sont aussi le site idéal de satellisation de messages subliminaux. Ces dernières années, Pierre-Franck Chevet a ainsi beaucoup insisté sur le nécessaire renforcement des moyens, financiers et humains, de l’autorité indépendante. Message plutôt bien reçu par les politiques.

Désormais, le gendarme en chef du nucléaire veut récupérer les missions d’évaluation des politiques de sécurité de l’industrie nucléaire (contre les agressions des installations, par exemple): «La plupart des agences de la sûreté ont aussi la compétence sécurité», affirme-t-il. L’institution de Montrouge va ainsi s’essayer à l’amélioration du contrôle des sources radioactives. Un premier pas pour l’ASN. Un grand pas pour la sécurité nucléaire?

 



[1] Le mandat de Pierre-Franck Chevet s’achève au mois de novembre prochain.

 



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