Arthrose: un risque professionnel

Le 27 octobre 2005 par Claire Avignon
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Selon une étude franco-québécoise, les femmes de ménage employées dans le tertiaire et l'industrie, les employés des secteurs de la construction et du textile, ainsi que les agriculteurs, ont plus de risque de souffrir d'arthrose que les autres catégories professionnelles.

Souvent présentée comme une fatalité liée à l'âge, l'arthrose pourrait être mieux contrôlée par des actions de prévention, notamment sur les lieux du travail, selon les auteurs d'un article scientifique paru dans le numéro de novembre d'Occupational and environmental medicine. Jusqu'ici, des études scientifiques avaient montré un risque important d'arthrose pour les mineurs et les agriculteurs. Mais peu de recherches avaient porté sur l'ensemble d'une population. Des chercheurs français et un médecin du travail canadien ont donc procédé à une large étude, en demandant à 1.394 médecins français d'interroger chacun les 2 premiers patients, âgés de 20 à 80 ans, atteints d'arthrose et acceptant de participer à l'enquête. Celle-ci portait sur leur âge, sexe, taille, poids, ainsi que sur leur passé médical et notamment l'âge auquel sont apparus les premiers symptômes d'arthrose ainsi que la profession qu'ils ont le plus longtemps exercée. Les malades ont également rempli des questionnaires permettant d'évaluer la dégradation de la qualité de vie, grâce à l'indice de Lequesne pour les patients souffrant d'arthrose de la hanche et du genou, et de Dreiser pour ceux souffrant d'une arthrose de la main.

Les résultats montrent que la prévalence de l'arthrose chez les femmes de ménage, c'est-à-dire le nombre de cas atteints de la maladie dans un groupe donné, est 6 fois plus élevée que dans la population générale. En outre, les femmes de ménage semblent plus souffrir de leur arthrose que les autres professions puisqu'elles sont 26,9% à avoir un indice de Lequesne supérieur à 10 (qui correspond à sévère) contre 14,3% en moyenne. C'est la première fois que l'on relève ce risque dans une étude. «Cela peut s'expliquer par le fait que d'habitude, on cible un type de population précis, non pas l'ensemble des métiers, explique Michel Rossignol, médecin du travail au département d'épidémiologie, biostatistiques et santé au travail de l'université McGill (Canada). Il faudrait maintenant vérifier que ce risque professionnel existe bien, puisque l'enquête ne porte que sur 52 femmes de ménage, en constituant un groupe plus important et en analysant leurs postes de travail.»

Autres professions à risque: les artisans (catégorie socioprofessionnelle 21 de l'Insee) et les ouvriers qualifiés de type artisanal (63) (1) pour lesquels la prévalence de la maladie apparaît entre 2,5 et 6,3 fois plus élevée que dans la population générale. «Nous pensons que c'est moins le titre que le genre de travail qui est en cause, c'est-à-dire le fait de répéter des travaux de manutention lourds», explique le médecin québécois. Une analyse équivalente peut être établie pour les ouvriers non qualifiés de type industriel (catégorie socioprofessionnelle 67), estime le médecin canadien, même si la prévalence n'est que 1,1 à 1,6 fois supérieure à la moyenne. Les statistiques montrent d'autre part que les artisans (maçons, peintres, plombiers, charpentiers), et surtout les ouvriers de l'industrie souffrent d'arthrose de manière plus précoce que les autres professions. Pour ces derniers, les premiers symptômes apparaissent à l'âge de 55 ans pour 76,5% des hommes et 71,4% des femmes, contre seulement 49,7% dans le reste de la population. Une explication avancée est le fait que ces travailleurs sont souvent jeunes lorsqu'ils commencent leur activité professionnelle.

Selon les chercheurs, tous ces résultats montrent que de nouvelles études doivent être entamées, pour mieux comprendre le lien entre les différents types d'arthrose et les risques professionnels. Cela permettrait d'améliorer la qualité de vie des futurs patients et de diminuer les coûts liés aux traitements médicaux, qui peuvent aller jusqu'à la pose d'une prothèse. En France, 9 à 10 millions de Français souffrent d'arthrose, selon les données du ministère chargé de la santé. «On se rend compte aujourd'hui que l'arthrose n'est pas une fatalité et que des politiques de prévention peuvent être menées, et pas seulement pour les risques que l'on connaît bien comme l'obésité ou la pratique sportive intensive», conclut Michel Rossignol.



(1) la catégorie 21 correspond aux personnes qui travaillent à leur propre compte et la catégorie 63 aux salariés.




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