Arnold Schwarzenegger : l’interview-bilan

Le 22 novembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'ex-acteur hollywoodien a gouverné l'Etat de Californie pendant 8 ans
L'ex-acteur hollywoodien a gouverné l'Etat de Californie pendant 8 ans

A quelques semaines de la fin de son dernier mandat, le gouverneur de Californie a accordé un entretien exceptionnel à quelques titres de la presse européenne, dont le Journal de l’Environnement. L’ancien acteur fait le bilan de son action environnementale sans concession ni langue de bois.

 

La protection de l’environnement a t-elle vraiment été un sujet important pour vous ?

Dès que je suis entré en fonction, en 2003, l’environnement a été une de mes priorités.

 

Ce qui n’est pas courant chez les élus républicains…

Détrompez-vous. Il y a une grande tradition environnementale chez les républicains. C’est le président Théodore Roosevelt qui, le premier, a créé des parcs nationaux. En 1970, Richard Nixon a instauré l’EPA [l’agence de protection de l’environnement, ndlr]. Ronald Reagan a signé le protocole de Montréal [sur la réduction des émissions de gaz détruisant la couche d’ozone, ndlr]. Auparavant, comme gouverneur, il avait fait voter la loi sur la protection de l’environnement en Californie.

 

Et pour ce qui vous concerne…

Dès que j’ai pris mes fonctions, nous avons commencé à travailler sur des questions aussi diverses que l’économie de l’hydrogène, la lutte contre le changement climatique, le développement des énergies renouvelables, la diminution des émissions polluantes des voitures. Grâce à cela, la Californie a une efficacité énergétique de 40 % supérieure à celle du reste des Etats-Unis. Et j’espère que le gouvernement fédéral s’inspirera de cela, le plus vite possible, pour que notre pays consomme moins d’énergie. L’important, ce n’est pas seulement la façon dont on produit l’énergie mais aussi de faire en sorte que l’on en consomme moins.

 

A-t-il été facile d’entraîner les Californiens sur ces thématiques énergétiques et climatiques ?

Tout ce travail nous a obligé d’être en perpétuelle campagne. Dès que vous impliquez les citoyens, la résolution de tels problèmes devient plus facile. Désormais, le public participe activement à toutes les campagnes de réduction de consommation d’énergie qui sont lancées avec les énergéticiens ou les entreprises de la construction. C’est parce que les compagnies d’électricité ont commencé à dire « utilisez moins notre énergie », lors des pics de demande d’électricité de l’été, que les gens haussent désormais spontanément le thermostat de leur climatiseur.

 

Economiquement, les impulsions données par le gouverneur Schwarzenegger donnent-elles des résultats ?

La Californie est devenue leader en matière d’énergie propre. Ces derniers mois, nous avons lancé des projets éoliens et solaires très importants, qui sont bien plus importants que ceux construits par les Chinois. Pas moins de 4.000 mégawatts de centrales solaires et éoliennes seront mis en service. Mais ce n’est pas tout. Quand j’ai inauguré, comme gouverneur, mon premier salon de l’automobile de Los Angeles en 2003, il n’y avait que deux véhicules à carburant alternatif. Sept ans plus tard, c’était une cinquantaine de modèles électriques qui étaient présentés. Chaque mois, devant l’hôtel du gouverneur à Sacramento, nous présentons un nouveau modèle de véhicule du futur.

 

Et la politique climatique ?

Nous avons conclu des partenariats avec les Etats voisins, avec le Mexique, avec des partenaires chinois et européens pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Quelques compagnies pétrolières n’ont pas aimé cela et ont combattu ces initiatives à tous les niveaux. Récemment, des compagnies texanes ont soutenu la proposition 23 [un référundum californien organisé lors des dernières élections de mi-mandat, ndlr], qui visait à empêcher l’application de la loi AB 32 [qui a créé un marché de quotas d’émission de CO2, ndlr]. Nous avons réussi à combattre cette initiative. Et lors des élections, notre point de vue l’a emporté avec 22 % d’avance. C’est bien la preuve que les électeurs ont rejeté leur message et soutiennent la protection de l’environnement. Un choix aussi clair sur les questions d’énergie propre ne s’était jamais vu dans l’histoire des référundums californiens.

 

Quelle conclusion en tirez-vous ?

C’est un appel que les électeurs lancent à Washington pour avoir un air plus propre. Le CO2 n’est pas un problème démocrate ou républicain. C’est l’affaire de tous. Mais on ne pourra pas gagner cette campagne en évoquant simplement le changement climatique. Il faut aussi impliquer la création d’emploi, l’économie. Rappeler qu’en créant les conditions de l’émergence d’une économie plus propre, on crée plus d’emplois. En Californie, nous avons créé 10 fois plus d’emplois dans les secteurs de l’économie verte que dans les autres. Nous ne devons pas non plus oublier la question sanitaire. Dans cet Etat, 19.000 personnes meurent, chaque année, des suites de problèmes respiratoires liés à la pollution de l’air. Lutter contre la pollution de l’air, c’est aussi participer à la conquête de notre indépendance énergétique. Lorsque Eisenhower était président, le pays importait plus de 20 % de son pétrole. Ce qui était déjà considéré comme un problème de sécurité nationale [entre 1953 et 1961, ndlr]. Aujourd’hui, nous importons trois fois plus de pétrole.

 

Vous liez beaucoup protection de l’environnement et création d’emplois…

On voit bien que la solution passe par les technologies vertes. Le problème est de savoir où l’on veut que se développent ces technologies et les emplois qui iront avec. En Chine, au Japon, en Corée, en Europe ou aux Etats-Unis ? C’est la raison pour laquelle il est très important de voter une loi sur l’énergie qui, seule, permettra de créer des emplois. A Washington, on se demande dans quel secteur investir pour créer des emplois. En Chine, le gouvernement investit 9 milliards de dollars par mois pour devenir le leader des technologies vertes. Maintenant, leurs constructeurs de voitures électriques, de batteries, de panneaux solaires exportent dans le monde entier. Ils sont très compétitifs, comme le sont d’ailleurs leurs concurrents californiens. Mais ce que nous voulons, c’est que tout le pays soit compétitif dans le secteur des « green tech ».

 

Les technologies vertes peuvent-elles justement aider les Etats-Unis à gagner leur indépendance énergétique ?

Nous sommes trop dépendants du pétrole. En 2007, lorsque le prix du pétrole a doublé, les consommateurs et les entreprises ont consacré trop d’argent à leur approvisionnement en carburant et en combustible. Cela a contribué à ralentir l’économie et a provoqué la récession. Voilà pourquoi nous devons nous tourner vers les solutions énergétiques alternatives, comme la voiture électrique, par exemple.

 

Que pensez-vous de l’action climatique de l’actuel gouvernement ?

L’administration Obama fait un excellent travail lorsqu’elle essaie de donner les moyens à l’EPA de réguler les émissions de gaz à effet de serre. Ce qu’il faudrait, c’est que les parlementaires républicains et démocrates votent enfin une loi qui permette non seulement de réduire notre dépendance pétrolière, mais aussi de lutter contre le changement climatique et de protéger la santé des Américains. 

 

Vous laissez la place à un gouverneur démocrate. Pensez-vous qu’il va infléchir la politique climatique que vous avez initiée ?

Jerry Brown est très attaché aux questions environnementales. Il en parlait déjà quand il était gouverneur, il y a plus de 30 ans. Je ne doute pas qu’il continue ce que nous avons fait. Car ces questions ne sont pas partisanes. Je ferai d’ailleurs tout pour l’aider.

 

C’est-à-dire ?

Ce n’est pas parce que je ne suis plus gouverneur que je ne travaillerai plus sur ce sujet qui me passionne.

 

 

 



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