Armateurs de France réfléchit à comment redresser la barre

Le 16 avril 2020 par Victor Miget
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Jean-emmanuel Sauvée
Jean-emmanuel Sauvée
François Lefebvre

Le président et cofondateur de la compagnie de croisière Ponant, Jean-Emmanuel Sauvée, a été élu, mardi 7 avril, à la tête d’Armateurs de France. Interrogé par Le Journal de l’environnement, il est revenu sur les effets de la crise sanitaire sur le shipping français.

 

Quelle est la situation du shipping français dans ce contexte de crise sanitaire et économique ?

Il y a de fortes perturbations dans tous les secteurs d’activités, mais la situation dépend des typologies d’exploitation. Le transport de passagers est presque à l’arrêt, à l’exception de quelques ferries. En revanche, l’activité continue pour le transport de pétrole, les porte-conteneurs… Ensuite, il y a des degrés divers dans les perturbations. Par exemple, le transport de passagers en paquebot est totalement à l’arrêt, en France métropolitaine et Outre-mer. Concernant les porte-conteneurs, la baisse sera de l’ordre de 30 % pour le mois de mai. Dans certains ports, on entend que l’activité est en chute de 50 %. Cela dit, nous n’avons pas encore une idée très précise de l’impact de la crise sanitaire. C’est encore trop tôt, nous avons peu de visibilité et les chiffres ne sont pas probants.

Comment votre société, Ponant, traverse-t-elle cette crise ?

Nos navires n’embarquent plus de passagers depuis un mois. Un certain nombre de nos bateaux reviennent en France. Trois arriveront aujourd’hui à Marseille. Nous travaillons actuellement sur plusieurs scénarios de reprise.

Comment cette crise va-t-elle impacter le shipping sur le long terme en France ?

Il y a quelques semaines, personne n’imaginait ce qui allait arriver. On ne sait pas non plus ce qui se passera dans les prochaines semaines et les prochains mois. Mais je suis convaincu qu’il y aura un rebond, plus ou moins rapide selon les typologies d’exploitation maritime. Ce qui est certain, c’est que les navires sont indispensables au bon fonctionnement de l’économie mondiale. 90 % des marchandises sont transportées par navire, à un moment donné dans leur parcours logistique. Nous sommes donc intimement liés à l’économie mondiale. On ne peut qu’espérer qu’elle retrouvera un rythme satisfaisant le plus rapidement possible.

Votre prédécesseur, Jean-Marc Roué, a évoqué la question d’un plan Marshall du shipping. Quelles sont les demandes d’Armateurs de France aux pouvoirs publics ?

Des discussions sont en cours. Le dialogue avec les pouvoirs publics est quasi quotidien. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes dans un secteur très capitalisé. Les navires sont des investissements très importants. Donc le plan de relance sur lequel nous travaillons intégrera nécessairement cette composante. Mais il est prématuré de faire des annonces, car nous en sommes à la phase de discussion et de co-construction d’un plan qui ne manquera pas d’être ambitieux.

Quelle place pour la problématique environnementale dans ce futur plan Marshall ?

Une place stratégique, car la problématique environnementale n’est plus une option. Des initiatives ont déjà été prises dans ce sens. De grands acteurs de notre secteur d’activité, comme la compagnie maritime d’affrètement CMA CGM, avaient commandé (avant la crise, ndlr) de nouveaux porte-conteneur au gaz naturel liquéfié (GNL). Nous devons mettre la barre haute. La transition énergétique sera primordiale dans ce qui se construira demain dans la marine française. Donc tous les nouveaux navires (GNL) commandés restent d’actualité.

Il faudra utiliser tous les leviers à notre disposition aujourd’hui que sont le développement de la filière GNL, l’hydrogène, l’ammoniac (lien), et aussi des paquebots à voiles, le branchement des navires à quais… Ces leviers sont nombreux, mais les investissements sont très lourds.

Avez-vous déjà obtenu quelques garanties de la part de l’Etat ?  

La seule que nous ayons est une garantie d’écoute et de réflexion sur les formules indispensables à la relance. Nous sommes favorables aux décisions qui ont déjà été prises pendant la crise, notamment concernant le prêt garanti par l’Etat (PGE)[i].

 



[i] Annoncé par le président de la République le 16 mars dernier, l’ensemble des réseaux professionnels des banques membres de la Fédération bancaire française, en collaboration avec Bpifrance, ont lancé un dispositif permettant à l’Etat de garantir pour 300 milliards d’euros de prêts.