Arbres et champignons: la pollution, briseuse de couples

Le 07 juin 2018 par Romain Loury
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Un bolet subtomenteux en mycorhize
Un bolet subtomenteux en mycorhize
Imperial College London

Pour mieux pousser, la plupart des arbres établissent, au niveau de leurs racines, d’étroites relations avec des champignons. Or ces symbioses, appelées mycorhizes, sont vulnérables à la pollution, révèle une étude publiée mercredi 6 juin dans Nature.

 

Comme toute symbiose, ces mycorhizes fonctionnent sur le système du «donnant donnant» : le champignon facilite l’absorption de sels minéraux et d’eau par l’arbre, tandis que ce dernier fournit au champignon les sucres qu’il synthétise par photosynthèse. Parmi les plus connus des champignons mycorhiziens, la truffe accorde sa préférence aux chênes verts et blancs, au frêne et au charme.

Or ces couples pourraient avoir la vie dure du fait de la pollution, révèle l’étude menée par l’équipe de Martin Bidartondo, de l’Imperial College de Londres. Ce qui pourrait expliquer de nombreux cas d’arbres en mauvaise santé, observés partout en Europe: «on observe une tendance alarmante à la malnutrition chez les arbres européens, ce qui rend les forêts encore plus vulnérables aux ravageurs, aux maladies et au changement climatique», explique Martin Bidartondo.

40.000 mycorhizes analysées

Au cours de leur travail, le plus important mené à ce jour sur les mycorhizes, les chercheurs ont analysé près de 40.000 mycorhizes prélevées dans 137 forêts de 20 pays européens. Leurs résultats révèlent une forte corrélation, jusqu’alors méconnue, entre facteurs environnementaux et climatiques d’une part, nature du champignon mycorhizien d’autre part.

Parmi les facteurs les plus critiques, l’équipe relève les dépôts d’azote et de potassium via les précipitations (en hausse du fait de l’usage des engrais minéraux), le pH du sol et la température moyenne de l’air. Ce qui pourrait modifier la nature des associations, avec la raréfaction de certains champignons mycorhiziens, vulnérables aux perturbations environnementales, au profit d’autres espèces.

Selon les chercheurs, ces modifications de mycorhize pourraient nuire à l’arbre: plutôt qu’une symbiose, l’association pourrait se faire plus parasitique, avec une relation moins réciproque. Continuant à pomper les sucres dans la racine, le champignon serait moins prompt à approvisionner l’arbre en eau et en sels minéraux, au risque de l’affaiblir.



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