Arabie saoudite: l’amorce d’une transition énergétique?

Le 08 janvier 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Réserver le pétrole aux autres.
Réserver le pétrole aux autres.
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Riyad envisage de céder une partie du capital de sa grande compagnie pétrolière nationale. Une décision qui masque un vaste programme de développement des énergies renouvelables et peu carbonées.

Le symbole est fort. Pour la première fois, un membre de la famille royale saoudienne, Mohammed ben Salmane Al Saoud, évoque une possible mise en bourse d’une partie du capital d’Aramco. Banale, en Occident. Cette annonce faite à The Economist est, peut-être, la prémisse d’un tsunami de réformes énergétiques. Aramco est la compagnie pétrolière nationale d’Arabie. Un joyau unique. Créée par les pétroliers américains dans les années 1940, la compagnie fut nationalisée en 1974, lors du premier choc pétrolier.

D’un fonctionnement opaque, Aramco dispose des plus grandes réserves mondiales de brut. Le plus puissant pétrolier du monde détiendrait près de 270 milliards de barils de réserve, soit 16% des réserves prouvées d’huile mondiales. Avec une capitalisation boursière supérieure à 300 milliards de dollars (275 Md€), ExxonMobil dispose de réserves 11 fois inférieures à celles d’Aramco. La valeur de l’ancienne Arabian American Oil Co se chiffre donc en milliers de milliards de dollars.

Pénurie de pétrodollars

Or les pétrodollars commencent précisément à manquer à Riyad. L’essentiel des revenus du royaume wahhabite[1] proviennent de l’exportation des hydrocarbures, notamment du pétrole, dont les cours ont chuté de 70% ces derniers 18 mois. En 2015, le déficit budgétaire a atteint les 100 Md$ (91,7 Md€). Menant deux guerres de front[2], confrontée à un chômage massif, subventionnant à outrance les produits de base, l’Arabie commence à manquer de liquidités. D’où l’intérêt de céder des bijoux de famille et de transformer son économie.

C’est précisément l’ambition de Mohammed ben Salmane Al Saoud. Ministre de la défense, vice-prince héritier, vice-Premier ministre, président du Conseil économique et de développement, ce trentenaire a bien compris que le royaume ne survivrait qu’en diversifiant ses revenus et en changeant sa fiscalité. Après avoir diminué de 40%, dans un premier temps, les subventions à la consommation de carburant, Riad va progressivement réduire les aides publiques à la consommation d’électricité et d’eau. Une taxe sur la valeur ajoutée de 5% sera introduite sur tous les autres produits.

68 GW de nouvelles capacités électriques décarbonées

L’énergie sera le nœud gordien du programme. Le royaume consomme le quart de sa production d’hydrocarbures pour produire son électricité, son eau et sa climatisation. Ce pétrole rapporterait davantage s’il était exporté, sur le modèle norvégien. Raison pour laquelle l’Arabie veut développer ses sources d’énergie pas ou peu (relativement) carbonées. D’ici 2032, ses énergéticiens doivent mettre en service 17.600 mégawatts de capacités nucléaires, 16.000 MW de panneaux photovoltaïques, des centrales solaires à concentration pour une puissance totale de 25.000 MWc. A cela, il faut ajouter 9.000 MW de parcs éoliens, trois fois moins d’usines d’incinération avec récupération d’énergie et 1.000 MW de production géothermique. Peu exploité localement, le gaz est appelé à un brillant avenir: 60.000 MW de capacités au gaz doivent être mises à feu dans les 20 prochaines années.

En stoppant toutes les subventions énergétiques (qui représentent 10% du PIB national), en vendant quelques (énormes) actifs pétroliers, en réservant la production pétrolière aux exportations et en développant la production d’énergie locale, l’Arabie espère bien changer la donne. Les décisions doivent être prises dans les prochaines semaines. Elles seront déterminantes pour dégager l’avenir économique et social du royaume.

 

 



[1] 41% du PIB et 91% des recettes budgétaires, en 2014.

[2] au Yémen et contre l’Etat islamique.

 



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